Un trait d’union entre ville et campagne

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    Les contours de l’agriculture urbaine, encore difficiles à caractériser compte tenu de la pluralité des modèles, se dessinent peu à peu.

    La matinale organisée conjointement par Vitagora et la Communauté d’agglomération du Val-de-Seine, à Melun en septembre dernier, avait pour objectif d’exposer les perspectives du développement de l’agriculture urbaine. Car si la part de marché des circuits courts, environ 6 à 7 % voire 10 % au niveau européen, ne « décolle pas », d’après Sandrine Doppler de Food Consultant, l’agriculture urbaine connaît quand même un certain succès. Ce « phénomène alternatif », né pour répondre à des attentes sociétales, prend tout son sens dans la politique actuelle de revalorisation des espaces urbains et périurbains. Il a un rôle majeur à jouer dans la transmission des valeurs agricoles sans pour autant s’opposer à l’agriculture classique. Les premiers résultats du projet de l’Inra pour étudier la stratégie alimentaire des villes, mené par Françoise Maxime, en partenariat avec sept agglomérations, révèle en effet que l’écosystème urbain est complexe et touche à différents domaines avec des problématiques non seulement agronomiques, mais également des implications en matière de gouvernance, avec des dispositifs multi-acteurs, et même des impacts sur les comportements alimentaires. C’est toutefois une vraie activité économique qui s’étoffe et se pérennise.

    Vincent Paul-Petit est vice-président de la communauté d’agglomération Melun-val-de-Seine. © végétable

    L’Afaup (Association française d’agriculture urbaine professionnelle) compte ainsi, aujourd’hui, 400 sites répartis sur 43 ha, pourvoyeurs de 500 emplois sur le territoire français. Clément Torpier, membre des Jeunes agriculteurs souligne que 99 % des agriculteurs du syndicat impliqués dans ce type d’exploitation sont toujours en activité cinq ans après la création de leur structure. Le développement de ces projets souffre toutefois de certains freins, dont la disponibilité foncière au vu de la pression immobilière, mais également de la pollution de certains sols et de la problématique du recyclage de l’eau. Les petites surfaces disponibles ne permettent pas toujours de rentabiliser de gros investissements de type hors sol, d’autant que, si les consommateurs locavores sont prêts à payer un certain prix, ils ne peuvent pas se trouver trop déconnectés des réalités économiques. L’agriculture urbaine pourrait cependant avoir d’autres rôles à jouer auprès du public, en cohésion avec les communes, notamment pédagogique. Car, avec la disparition de 70 % des maraîchers en Ile-de-France en trente ans, elle sera peut-être la seule à pouvoir encore transmettre un savoir perdu et connecter le citadin avec l’agriculture. Le Carrefour de Villiers-en-Bière l’a bien compris avec son projet de potager urbain (1 000 m2), qui s’insère avant tout dans une démarche locale à but pédagogique en lien avec les écoles. Ainsi pour Arnaud Ulrich de l’Afaup, « l’agriculture urbaine n’est pas un substitut du maraîchage de demain, mais doit être une tête de pont de l’agriculture en ville ».

    Françoise Maxime, de l’Inra, étudie la stratégie alimentaire des villes. © végétable

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