Un marché bio toujours challengé

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    Le bio n’a pas retrouvé ses taux de croissance d’avant-Covid et cette période semble révolue. Toutefois, même ralenti, il continue de croître dans un contexte de questionnement de la distribution bio et de tension dans la consommation des ménages. Tel est l’un des messages que l’on retiendra de la 8e convention d’affaires Bio n’days, le 6 juin dernier à Valence (Drôme).

    Bio n’days a eu lieu le 6 juin dernier à Valence. © végétable

    La filière bio accuse le coup d’une baisse de son marché depuis la crise Covid. « 17 % d’inflation en deux ans, 5 % de baisse de la consommation en volume, c’est du jamais vu ! » rappelle Adrien Petit, directeur du Cluster bio Auvergne-Rhône-Alpes. Pourtant, l’inflation est moindre en bio, de 5 à 6 points moins élevée, ce qui constitue une double peine pour le marché bio. Une donnée ne trompe pas, celle de la DSB (distribution spécialisée bio), qui a vu ces deux dernières années 552 fermetures de points de vente, contre 142 ouvertures (soit un solde négatif de -410 magasins).

    En GMS, le marché bio est en repli à -12,6 % en volume en 2023, -5,3 % en valeur (à 5,6 Md€ de chiffre d’affaires), avec une réduction de l’offre drastique constatée de -11,3 % à -25 % de références. Si le plus fort de la chute du marché bio semble derrière, les estimations de reprise de croissance restent prudentes. « La consommation des ménages est à l’arrêt depuis fin 2022 et leurs habitudes de consommation évoluent en profondeur. Le vrai reflux de l’inflation n’est pas à espérer avant 2026. La Banque de France prévoit 2,9 % pour 2024, mais nous pensons que l’inflation va refluer un peu plus. Nous nous attendons à une stabilisation du marché bio en 2024 », indique Jérémy Robiolle, directeur du développement Xerfi Specific.  Celui-ci est estimé à 11,6 Md€ en 2025 (soit -1,2 Md€ par rapport à 2020).

    Frémissements de reprise

    Des frémissements de reprise sont pourtant bien là. Tel que le pointe Adrien Petit, les ventes en DSB sont en progression constante depuis 6 mois (+7 % de CA à date) et « les rayons fruits et légumes performent » (en hausse dans 94 % des points de vente). En GMS, les ventes moyennes hebdomadaires sont en croissance de 3 % et des enseignes se sont engagées dans la campagne de communication Bioréflexe (Coopérative U, Intermarché, Carrefour). Côté enseignes spécialisées, on citera le rapprochement entre Comptoirs de la bio et Naturéo, et chez Naturalia, l’ouverture à des produits non bio et la création des « Fermes ». Parmi les pistes analysées depuis la crise pour retrouver le chemin de la croissance, la filière compte s’appuyer notamment sur la loi Égalim, qui engage 20% de bio en restauration collective mais encore loin d’être atteints (7% seulement à date), l’aide d’urgence du ministère de l’agriculture (avec une enveloppe passée de 50 à 90 millions d’euros pour les agriculteurs bio), et la campagne Bioréflexe déclinée à grande échelle. Elle doit toutefois composer avec des déconversions ou arrêts de production (sauf en filière maraîchage qui accueille de nouveaux profils), et la concurrence d’autres allégations, labels ou marques plébiscités par les consommateurs (local, C’est qui le patron ?!, « plein air » pour les œufs, zéro résidu de pesticides ont été cités).

    « De puissants moteurs structurels continueront à soutenir le marché à l’avenir », espère Jérémy Robiolle, notamment la tendance de fond à consommer bio, la multiplication des innovations sur le marché bio et la priorité accordée dans les intentions d’achats aux produits respectueux de l’environnement et de la santé. Stéphanie Pageot, productrice et présidente de la Fnab, voit, quant à elle, quatre grands leviers gagnants : un suivi plus régulier des filières, plus d’organisation et de transparence dans la construction des filières, une stimulation de la demande, un accroissement de la durabilité et la résilience des fermes bio. « On aimerait développer la contractualisation tripartite et le commerce équitable. La vraie transparence n’est-elle pas la façon dont on construit la valeur dans la filière ? » questionne celle qui a œuvré à la coconstruction d’une gamme bio équitable contractualisée avec l’enseigne Picard. Sur le quatrième enjeu, elle plaide pour « une démarche de progrès permanente » et que le règlement européen de la bio puisse mieux prendre en compte la biodiversité et les aspects sociaux (bien-être au travail et rémunération des paysans) sur les fermes bio.

    rayon bio
    © végétable