Tomate méditerranéenne : des surfaces en baisse

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L’évolution de la consommation reste difficile à appréhender pour l’hiver. Car si la tendance est à la consommation de produits en saison, les importations hivernales ont, pour l’heure, encore peu évolué, même s’il est vrai qu’elles s’érodent légèrement. Ainsi, les importations nettes* françaises prises entre octobre et mars n’auraient baissé que de 7 % en quatre ans, passant de 180 000 t en 2014-2015 à 167 000 t en 2018-2019, avec des disparités selon les origines. Le Maroc demeure de loin le premier fournisseur, avec près de 244 000 t importées en France lors de la dernière campagne, dont une part est réexportée, en légère hausse de 4 % en cinq ans. Les volumes baissent en revanche régulièrement en tomates d’Espagne, avec 62 000 t importées lors de la précédente saison contre 83 000 t encore en 2014-2015 (- 24 %). La Tunisie et le Sénégal complètent l’approvisionnement à hauteur de 4 000 t.

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En Espagne, de profonds changements se dessinent en effet au vu des difficultés rencontrées ces dernières années, aussi bien économiquement qu’en production. Ainsi la pression parasitaire demeure forte et inquiète les producteurs. La lutte intégrée contre Tuta absoluta n’est pas pleinement satisfaisante, les prédateurs n’étant pas assez efficaces au printemps, alors que le virus connaît à cette période un fort développement. De nouvelles menaces se profilent par ailleurs avec le Tomato Brown Rugose Fruit Virus  (ToBRFV). Déjà présent en Allemagne et au Royaume-Uni, il peut impacter de 30 à 70 % des rendements, forçant l’Europe à prendre des mesures d’urgence qui entrent en vigueur au 1er novembre 2019. Par ailleurs, si, économiquement, la diversification de la gamme (grappe, petite segmentation, tomates allongées) a permis aux producteurs de se démarquer ces dernières années des autres bassins de production méditerranéenne, elle ne suffit plus aujourd’hui. Les évolutions politiques ont perturbé les équilibres. L’embargo russe et maintenant le Brexit pénalisent les exportations. Le premier a entraîné le redéploiement des productions de tomates rondes et allongées méditerranéennes vers le marché communautaire tandis que le second, même s’il n’est pas encore entériné, a déjà des effets collatéraux sur la production canarienne qui ne serait plus éligible aux aides du Posei (Programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité) pour l’exportation vers le Royaume-Uni. Ainsi la production pourrait, cette année, baisser de 10 %, voire 20 %/2018-2019 sur Almeria et de 15 % aux Canaries. Les inondations du mois de septembre pourraient, en revanche, avoir un peu moins d’impact que ce que l’on pouvait redouter, 200 ha de serres s’étant effondrés dans la province d’Almería autour de Nijar ( la zone d’El Ejido a été peu affectée). De même, si les importations communautaires ne cessent de croître en provenance du Maroc, avec un nouveau record de 426 000 t en 2018-2019, les surfaces de ce pays ont baissé. Les estimations tournent autour de – 15 %, essentiellement en rondes, après une première diminution l’an dernier. Elle s’explique, d’une part, par l’intérêt croissant pour d’autres productions, comme les petits fruits rouges ou la courgette, mais également par les difficultés rencontrées sur certains marchés comme la Russie, entre les problèmes de paiement, les litiges et la concurrence de la Turquie de retour sur ce marché depuis courant 2018, après l’embargo qui l’avait frappée suite à l’interception d’un avion de chasse russe. Elle souffre également de la pression parasitaire, même si de nombreuses mesures ont également été prises pour lutter contre Tuta absoluta. Mais, si certaines grandes entreprises du secteur arrêtent totalement la production de ronde pour se concentrer sur la diversification, petite segmentation notamment, les spécialistes de la ronde restent bien présents. De grands développements sont à venir sur la zone de Dakhla avec le lancement officiel du projet portuaire. Le ministère marocain de l’Équipement, des Transports, de la Logistique et de l’Eau a en effet lancé en septembre dernier un appel d’offres pour la construction du port de Dakhla Atlantique, examiné à partir du 7 novembre, et qui devrait être opérationnel dans sept ans.

* Importations-exportations (pouvant être considérées comme des réexportations à cette période de l’année).

Ceci est la version intégrale de l’encadré de l’article tomate du magazine n°371, d’octobre 2019.