Ravageurs : préserver et optimiser l’acquis

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    Les efforts conjugués du développement, de la recherche appliquée et de la recherche fondamentale ont permis une contraction substantielle des IFT en verger au fil des ans. Mais l’arrivée de ravageurs (ré)émergents menace de perturber ces acquis.

    L’association Fruits Plus fédère des arboriculteurs des départements de la Drôme, l’Ardèche et l’Isère. Elle est un lieu privilégié de réflexion collective sur les grands enjeux arboricoles qu’elle restitue aux pouvoirs publics, quand il s’agit notamment d’orienter les politiques régionales d’accompagnement et de soutien à l’activité. Elle réunit deux fois par an les arboriculteurs autour d’enjeux majeurs, concernant les fruits à noyau ainsi que les fruits à pépins ou les petits fruits rouges.

    Le colloque du 12 février dernier visait à faire un point sur l’état de l’art de la protection du verger contre deux ravageurs récurrents, le carpocapse et la tavelure, ainsi qu’un ravageur émergent particulièrement préoccupant, la punaise diabolique, qui aurait infligé pour un milliard d’euros de dégâts aux arboriculteurs d’Italie du Nord, notamment du Piémont pour la seule année 2019, et qui commence à envahir les vergers français. C’est Pascal Borioli, directeur du GRCETA de Basse-Durance, qui a fait, tout au long de cette journée, l’état des lieux du contexte, des pratiques en verger et des besoins de recherche. Il a constaté les avancées très positives en matière d’IFT consécutives à la montée et à la diversification des solutions de biocontrôle, mais souligné qu’aucune solution ne doit jamais être considérée comme une réponse définitive car, par définition, la vie ne cesse de s’adapter et de contourner ce qu’elle pourrait considérer comme un obstacle à sa propagation. Est-ce pour cette raison que les punaises se font de plus en plus présentes depuis quelques années, non seulement la très agressive punaise diabolique mais aussi toutes celles domestiques, en pleine recrudescence ? Concernant le carpocapse, filets alt’carpo et confusion sont désormais les fondamentaux de la protection, complétée notamment par la carpovirusine.

    Sur ce dossier du carpocapse, la collaboration entre le GRCETA, la station d’expérimentation régionale provençale de La Pugère et le centre Inra d’Avignon qui anime le groupe national carpocapse est particulièrement remarquable et efficace. A l’Inra, Myriam Sigwaert travaille notamment sur le génotype du carpocapse, totalement décrypté, qui devrait permettre une meilleure gestion du ravageur. De nouvelles voies de lutte ont par ailleurs été évoquées, comme les lâchers de mâles stériles, en cours d’expérimentation, ainsi que l’introduction d’un nouveau parasitoïde, Mastrus ridens. Notons que le réchauffement climatique semble avoir durablement établi une troisième génération du ravageurs, là où il n’y en a eu longtemps que deux. Les nouvelles sont plutôt préoccupantes du côté de la punaise diabolique et, ici, la collaboration tous azimuts, transfrontalière, entre entomologistes et développement ne sera pas de trop pour trouver rapidement des solutions face à une menace à la fois majeure et imminente. A court terme, la seule solution de protection envisageable semble une clôture totale du verger par filets, tant la dynamique invasive peut être totale et brutale, l’animal étant capable d’une multiplication très rapide et doté par ailleurs d’une forte mobilité grâce à ses longues pattes. S’agissant de la tavelure, Anne Duval-Chaboussou (CTIFL, La Morinière) et Michel Giraud, co-coordonnateurs du groupe national Tavelure, ont dressé un état des lieux exhaustif d’une problématique plutôt bien maîtrisée. Ici, les arboriculteurs du Sud-Est bénéficient d’un atout supplémentaire avec le réseau d’observation du Cirame (Centre d’information régional agrométéorologique). Il ne semble pas que le changement climatique ait d’incidence majeure sur la pression de la maladie, l’enjeu étant plutôt celui de la résilience de la résistance des variétés de pommier au pathogène. Les intervenants ont insisté sur l’importance des mesures prophylactiques. Les essais de bâche antipluie déployés depuis dix ans permettent effectivement une bonne protection, avec parfois quelques surprises désagréables. Sachant que les inconvénients ne manquent pas, notamment sur le plan agronomique, avec des pertes de rendement sensibles et une forte allergie du dispositif aux régions ventées… Enfin, Gilles Libourel (Grab) a évoqué les spécificités de la culture biologique, mettant en avant une nécessaire vision systémique, œuvrant dans le sens de la résilience du verger pour le rendre le moins vulnérable possible aux bioagresseurs. Rappelant aussi que le fruit parfait n’est pas prévu par la nature et que « zéro défaut signifie plus de pesticides et plus de déchets ».

    © DR

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