Protection sanitaire des vergers : la recherche face à l’urgence

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    Confrontée au recul des solutions phytosanitaires, la filière arboricole mise sur la recherche pour inventer des vergers plus résilients, malgré l’urgence économique.

    Fruit 20250, au Sival. © végétable

    Au Sival, en janvier dernier, s’est tenue la 5e édition de Fruit 2050, l’événement biannuel européen proposé par plusieurs acteurs de la filière arboricole (dont GIS Fruit, Végépolys Valley, Inrae, CTIFL, Interfel, le Club de la presse étrangère et le Sival). Ce temps fort a été l’occasion de « penser l’avenir de la filière fruit », a résumé Albert Richard, président du salon, qui a introduit la conférence et table ronde en seconde partie d’après-midi. Pour cette édition, la thématique portait sur la protection sanitaire des vergers, un enjeu majeur, pour ne pas dire le plus important, de la filière arboricole.

    Et les illustrations sur le terrain ne manquent pas : les producteurs, notamment les pomiculteurs, visent le changement climatique et la diminution des substances actives disponibles sur le marché, comme principales raisons à la dégradation de la qualité des récoltes ces dernières années. Dans ce contexte tendu, les professionnels de l’amont attendent de la recherche des solutions de protection durables et efficaces. C’est au travers de parcours guidés à la rencontre des exposants du salon, que de premiers leviers pour la protection des vergers ont été discutés.

    Des solutions en cours de développement

    Génétique, biocontrôle, protections physiques, OAD : ces stratégies sont en développement pour faire face aux difficultés de la filière arboricole dans les vergers. Nombreux sont les acteurs à se mobiliser pour imaginer les solutions d’avenir. Franziska Zavagli du CTIFL en a présenté quelques-unes au cours de la conférence. Parmi les pistes explorées figurent d’abord les barrières physiques, avec notamment les bâches anti-pluie, déjà bien utilisées pour limiter certaines maladies, ou encore les filets Alt’carpo, dont l’efficacité est avérée. Autre levier présenté : les lâchers de mâles stériles de carpocapse, une stratégie inspirée d’expériences canadiennes, qui repose sur une protection collective à l’échelle d’un territoire.

    L’agroécologie fait également partie des approches étudiées, à travers des vergers « circulaires » associant plusieurs espèces. Au CTIFL de Balandran, des essais combinant pommier, olivier et abricotier montrent que ces systèmes apportent un plus en termes de résilience, sans pour autant constituer une révolution. Des travaux internationaux portent également sur des techniques plus ciblées, comme la micro-injection dans le tronc de traitement phytosanitaire ou encore des recherches sur les bactériophages. « La génétique est aussi un des leviers les plus important pour la conception des vergers du futur », a souligné François Laurens, chercheur Inrae.

    Par exemple, le projet de recherche européen « Fruitdiv » (Horizon Europe, 2024-2028), coordonné par l’Inrae, vise à identifier et utiliser la diversité génétique des espèces fruitières sauvages dans le monde entier, apparentées aux arbres fruitiers cultivés (comme les Prunus). « Nous ne devons pas oublier que certaines caractéristiques utiles se trouvent dans la nature », a rappellé Claude-Éric Parveaud, expérimentateur au Grab.

    L’impatience des producteurs dictée par l’urgence économique de la filière

    Néanmoins, ce temps de recherche ne coïncide pas au besoin urgent de répondre aux problématiques actuelles auxquelles font face les producteurs. C’est notamment ce point qui a été exprimé et partagé par les intervenants de la table ronde : « Il y a un fatalisme grandissant chez les producteurs, démunis face aux restrictions », s’est désolé Françoise Roch, présidente de la FNPF. « Des solutions existent, comme la confusion sexuelle ou encore les filets anti-insectes, mais ce ne sont que des bases de protection qui ont aujourd’hui leurs limites au verger. »

    « Bien que la nouvelle génération de chercheurs soit plus consciente et à l’écoute de la profession agricole, les problèmes aux vergers sont complexes et n’amènent pas de réponses simples », a répondu François Laurens, convaincu de l’intérêt de la multiplicité des solutions. Parmi celles-ci, le biocontrôle fait aussi face à des temps de développement longs et onéreux. Les homologations de produits prennent entre sept et dix ans, en Europe, pour obtenir une autorisation de mise sur le marché (contre deux à trois ans aux États-Unis) : « Il faut libérer l’innovation pour accompagner les producteurs dans leur urgence de protéger leurs vergers », a réclamé Gilles Ravot, président d’Alliance Biocontrôle.

    Il a aussi été rappelé le besoin de renforcer les interactions avec les conseillers et producteurs sur le terrain, pour réfléchir conjointement à l’utilisation de ces leviers et proposer des combinaisons en adéquation avec les pratiques agricoles. Enfin, l’acteur en bout de chaîne, le consommateur, « doit être acteur et aider les filières agricoles par le prix », a soutenu Françoise Roch.