Prospective : entre investissements et sobriété

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    Confronté à de multiples défis, notre secteur se trouve face à plusieurs voies d’évolution possibles, comme toujours en prospective. Des recommandations viennent d’être publiées par deux instituts.

    Adaptation au changement climatique, renouvellement des générations d’agriculteurs, préservation de notre souveraineté alimentaire, capacité à répondre aux comportements et attentes sociétales en matière d’alimentation, mise en œuvre de la future Pac  : voici bien les défis auxquels le secteur agricole est confronté et vis-à-vis desquels différentes voies d’évolution sont envisageables. Alors, quel(s) avenir(s) pour l’agriculture française ? Telle était la question en discussion entre France Stratégie , en partenariat avec l’Institut Montaigne, et des experts de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) et la CNDP (Commission nationale du débat public), à la lumière de deux récents rapports consultables publiquement : « En campagne pour l’agriculture de demain » présidé par l’ancien ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard (Institut Montaigne) et « Pour une alimentation saine et durable » coordonné par Julien Fosse (France Stratégie). « Nous plaidons à l’Institut Montaigne pour que la politique agricole et alimentaire soit forte, en France comme à l’échelle européenne, que les politiques économique et d’aménagement du territoire englobent l’agriculture au premier plan. L’enjeu premier est d’arriver à nourrir dix milliards d’individus dans le monde d’ici à 2050 », a formulé Hervé Gaymard. Parmi les axes stratégiques notés dans le rapport, « le foncier, l’installation des jeunes, l’attractivité des métiers de l’agriculture et l’éducation alimentaire en luttant contre la précarité » sont une priorité absolue à ses yeux, pour relever le défi de la souveraineté alimentaire. « Sur cette question foncière, il faut prolonger nos travaux de manière sereine pour donner les meilleurs outils fonciers pour l’agriculture de demain, de transfigurer les contraintes en objectifs, d’avoir une véritable ambition pour la France, qui doit devenir le premier pays d’agriculture durable au monde. » Chaque intervenant a appelé de ses vœux que les politiques publiques soient cohérentes et menées simultanément pour avoir un impact plus marqué.

    Le rapport présenté par Julien Fosse s’est évertué, quant à lui, à dresser une évaluation de l’impact des politiques publiques qui concourent à l’agriculture et à l’alimentation saine et durable depuis vingt ans, essentiellement en matière de PNNS (programme national nutrition santé) et PNA (programme national pour l’alimentation). Parmi les constats, celui du régime alimentaire des Français qui reste particulier dans un contexte de mondialisation, mais aussi des inégalités sociales qui ne se résorbent pas, et une autonomie alimentaire qui se dégrade, notamment en fruits et légumes. Dans les recommandations d’évolutions, Julien Fosse appelle à une politique intégrée d’alimentation saine et durable qui inclue à l’avenir un horizon plus large climat-résilience dans une stratégie globale de long terme, en « mobilisant des expertises extrêmement variées ».  Un message qui semble avoir été entendu par Valérie Metrich-Hecquet en charge de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, qui a rappelé les divers mécanismes de soutien au secteur et leurs évolutions (mécanismes assuranciels face aux aléas, par exemple). Il reste à savoir comment opérer une massification et une cohérence dans l’ensemble des dispositifs de soutien, pour viser une plus grande efficacité.

    Julien Fosse est directeur adjoint du département développement durable et numérique de France Stratégie.