Faire germer les talents d’une filière fruits et légumes plus forte, durable et indépendante, telle est l’ambition du projet Nectar.

À chaque maillon de la filière des fruits et légumes, les professionnels déplorent une pénurie de main d’œuvre qualifiée. Le rapport au travail évolue : les candidats recherchent avant tout du sens, au point qu’aujourd’hui, ce sont les entreprises qui doivent se faire « recruter ». C’est ce que montre le diagnostic « Fel’Compet » réalisé par le CTIFL et publié en avril 2024. La filière française de fruits et légumes, estimée à 7,8 millions de tonnes produites, dont 72 % destinées au marché du frais et le reste à la transformation, est vraisemblablement boudée sur le marché du travail. Or l’étude explique que le développement de la consommation de fruits et légumes repose sur l’amélioration continue des pratiques tout au long des maillons de la filière.
Quand la formation doit rattraper le terrain
Ce diagnostic national a permis de cartographier les acteurs de la filière des fruits et légumes, d’identifier leurs missions et les compétences clés associées. L’analyse de l’offre des formations révèle plusieurs écarts avec les besoins réels du terrain. Certains cursus manquent de modules essentiels à l’apprentissage des futurs salariés, notamment sur l’agroécologie, les innovations techniques, l’hygiène et la sécurité des aliments adaptés aux fruits et légumes frais, les démarches de certification ou encore le management et les nouvelles attentes des salariés.
D’autres formations indispensables à certains métiers restent à créer ou peinent à se maintenir (comme celle de chef de culture), faute de candidats. Ce travail met ainsi en lumière la nécessité d’adapter l’appareil de formation aux nouveaux enjeux de la filière. Certains métiers ont pu être identifiés comme « en tension » et prioritaires pour le déploiement du projet Nectar : agréeur, tractoriste, vendeur conseil primeur en magasin ou sur des marchés, responsable achats et approvisionnement, responsable production, chef de culture, chef de station, etc.
Former les talents de demain pour une filière plus durable et souveraine
Avec pour prérequis le diagnostic réalisé par le CTIFL, un consortium de 25 partenaires s’est constitué pour créer le projet Nectar, avec Agrocampus 47 comme chef de file. Lauréat de l’AMI-CMA et financé à hauteur de 3 millions d’euros par France 2030 pour une durée de cinq ans, son objectif est de renforcer et de valoriser la filière des des fruits et légumes en réponse aux défis de production durable, de recrutement et de dépendance aux importations.
Plus largement, Nectar contribuera aux objectifs de souveraineté alimentaire, inscrits dans la loi d’orientation agricole de 2025 et dans les priorités de France 2030. Implanté en Nouvelle-Aquitaine, avec une extension sur une partie de l’Occitanie, le consortium réunit une large palette d’acteurs de la filière : établissements d’enseignement agricole, organismes de recherche (Invenio, Inrae), acteurs de l’emploi (comme l’Anefa), entreprises et associations (Technopole Agropole, Rougeline), ainsi que des institutions publiques telles que la MSA ou le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.
« L’idée, au-delà des cinq ans du projet, est de pouvoir élargir la démarche au niveau national », explique Cyrielle Calzavara, directrice du CFPPA 47 (Centre de formation pour adultes de l’Agrocampus 47) et chef de projet de Nectar. « Nous voulons renforcer la formation dans la filière fruits et légumes, aussi bien en amont qu’en aval, pour les métiers de la production, de la transformation et de la valorisation des produits. C’est un vrai besoin sur notre territoire. Face aux difficultés de recrutement et au manque de formation des salariés, il nous semblait essentiel d’impliquer l’ensemble de la chaîne de valeur. »
Dans le volet « création et adaptation des formations fruits et légumes » du projet, il est par exemple prévu de créer un bachelor agro chef de culture pour la rentrée de septembre 2027. « L’objectif est de former des chefs de culture capables non seulement de maîtriser la technique, mais aussi de manager une équipe. C’est souvent ce qui fait défaut, selon les producteurs-exploitants, tout comme la capacité à réaliser des analyses technico-économiques de la production. »
Des espaces tests agricoles ont aussi été identifiés comme supports pédagogiques en lien avec les formations. Ils peuvent être dans des stations expérimentales ou directement au sein des établissements publics, comme à l’Agrocampus 47 où un projet agrivoltaïque de 6 ha sera dédié à l’expérimentation de cultures pérennes et annuelles.











