Regard d’expert commerce international : les pays du Golfe

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Les lourds investissements dans les productions agricoles ont permis aux monarchies de contenir leurs énormes importations, desquelles elles restent largement tributaires.

Les pays du Golfe sont tous producteurs de pétrole et de gaz, ce qui leur assure l’essentiel de leurs recettes budgétaires d’État*. Ces ressources constituent pour eux un puissant levier stratégique sur le plan géopolitique, mais ils sont soumis, à divers degrés, à des contraintes environnementales, pédoclimatiques et hydriques : autant d’obstacles au développement de leurs agricultures et à l’alimentation de leurs populations. Les investissements dans ce secteur sont élevés pour défier les difficultés souvent contre nature, technologiquement sophistiquées, financièrement osées, mais ils sont assumés. La gestion de l’eau est la première des préoccupations des dirigeants de ces pays, qui investissent massivement dans le dessalement de l’eau de mer, le recyclage des eaux usées et le rééquilibrage des nappes phréatiques. Les dangers de la baisse des niveaux aquifères souterrains ont été intégrés dès 2010 et ont constitué le marqueur, notamment chez les Saoudiens, des interdictions des systèmes de grande production fourragère (céréalières et luzerne pour l’alimentation animale), trop gourmande en eau, et/ou la réorientation ostentatoire vers les cultures végétales pour élever les taux d’auto-approvisionnement (déploiement des serres, irrigation optimisée et de précision). Le développement des fermes urbaines, pour être plus près des consommateurs (en majorité citadins) et des cultures hydroponiques sont en très fort développement dans tous les pays de la péninsule arabique. Néanmoins, les systèmes de production restent soumis aux aridités persistantes locales et ne peuvent dans l’absolu ni à terme être durables. C’est pourquoi les principales monarchies du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Qatar en tête) pratiquent ostentatoirement le « Land grabbing » (la location de terres) et y réalisent directement des productions dans certains pays africains (Soudan, Éthiopie, Sénégal, Kenya, Égypte, Tanzanie, Afrique du Sud, Zambie, Zimbabwe…), asiatiques (Philippines, Indonésie, Pakistan, Inde…) et plus récemment sud-américains (Chili, Pérou, Brésil…), pour assurer, compléter et diversifier la couverture alimentaire de leurs populations par un haut degré d’importations de produits.

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