Pleins feux sur la gestion durable des sols

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    Le rôle des sols comme solution face au réchauffement climatique a été mis à l’honneur lors de l’assemblée générale de l’Acta. Avec la question sous-jacente de ne pas limiter connaissances et progrès au monde agricole, mais d’en faire un sujet de société.

    Tracteur labourant un champ
    « Le labour explose la libération de C02 et fait chuter la matière organique .» © Pixabay

    « Les sols et la résilience des agrosystèmes face aux changements climatiques » se sont invités lors de l’assemblée générale de l’Acta le 13 juin dernier à Paris. Rappelons que ce réseau anime les dix-neuf instituts techniques agricoles sur le territoire national, dont le CTIFL pour la filière des fruits et légumes.

    L’enjeu des débats était de pousser la reconnaissance des sols dans les politiques publiques internationale, européenne et nationale, face à l’état de l’art des nombreux bienfaits et des multiples fonctions des sols (production de biomasse, régulation du cycle et de la qualité de l’eau, réservoir de biodiversité…). « Le sol est vivant. Cette vision n’est pas neuve, mais elle a été renouvelée dans les années 90 par la redécouverte d’une vie dans le sol. Il n’est pas qu’un réservoir, mais un processus vivant qui influe positivement sur le climat, il est une solution », a démontré Marc-André Selosse, professeur du Museum d’histoire naturelle lors d’une prise de parole attendue*, réexpliquant les grands mécanismes qui régissent la vie des sols et les conséquences de certaines pratiques de l’homme sur le climat.

    Il a proposé (ou a rappelé) plusieurs solutions : limiter le plus possible le labour – qui « explose la libération de CO2 et fait chuter la matière organique », utiliser des pratiques agricoles qui rapportent de la matière organique au sol, limiter les engrais minéraux notamment les nitrates – « sinon c’est encourager les microbes qui respirent au nitrate et donc augmentent l’émission de protoxyde d’azote, un puissant gaz à effet de serre (GES) », favoriser les intercultures selon les agrosystèmes. 30 % de l’émission des GES viennent de l’agriculture.

    Reconnaissance des sols dans les politiques publiques

    Un sujet qui dépasse le monde agricole. « Les agriculteurs construisent les paysages gratuitement, agissent sur le climat, l’eau, la qualité de l’eau. On peut dire que quand les sols rencontrent le climat, très vite le sujet rencontre les citoyens. Il va falloir discuter avec la société, qui vous doit de l’argent, car c’est vous qui gérez le climat », a invité Marc-André Selosse.

    Marc-André Selosse, professeur du Museum d’Histoire naturelle
    Marc-André Selosse a présenté un condensé de l’état de l’art sur la connaissance des sols et proposé des pistes de solution quant aux bonnes pratiques agricoles. © végétable

    Bonne nouvelle : cette reconnaissance des sols comme solution face aux dérèglements climatiques progresse ces dernières années. En 2021, la Commission européenne a adopté une nouvelle stratégie pour la protection des sols de l’UE, qui devrait se concrétiser par une proposition législative attendue courant juin 2023. Il existe aussi un Observatoire européen des sols (Euso), ainsi que deux initiatives cadres de R&D (programme PJP Soil et la mission européenne « Un pacte pour des sols sains en Europe »). En France, plusieurs politiques et initiatives sont directement liées aux sols, comme la stratégie nationale bas carbone ou l’objectif zéro artificialisation nette.

    Une notion inscrite dans le droit français pour la première fois

    Pour la première fois, la notion de « fonction écologique d’un sol » est inscrite dans le droit français. Une impulsion qui fait également suite au lancement de l’initiative « 4 pour 1 000 » (objectif de stocker 4 pour 1 000 de carbone dans les sols).

    Dans cette ébullition, l’Acta et le réseau des instituts techniques agricoles « se mobilisent pour coordonner et mettre à la disposition des professionnels tous les outils et connaissances pour une gestion durable des sols », a indiqué Anne-Claire Vial, présidente de l’Acta et maraîchère dans la Drôme.

    Un panorama complet des recherches en cours a été diffusé à l’ensemble des participants. Au moins huit projets concernant les fruits et légumes sont menés sur plusieurs années. Le contact référent est Charlotte Berthelot, au CTIFL, responsable de l’unité « Durabilité des systèmes de production légumières » et écologiste microbienne des sols de métier.

    * Marc-André Selosse a présenté les grands fondamentaux explicités dans son ouvrage édité en 2021, L’origine du monde – Une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent (Éditions Actes Sud).

    • Voir également : Coordination mondiale autour du carbone dans les sols