Pilotis : une nouvelle technologie pour la filière

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    Le CTIFL de Balandran a inauguré en juillet un outil expérimental dédié au développement de la technique de l’insecte stérile. Celle-ci ouvre une nouvelle voie prometteuse pour produire « propre ».

    La TIS (technique de l’insecte stérile) n’est pas une technique inconnue – elle est déjà utilisée de longue date en arboriculture dans certains pays comme le Canada et sur plusieurs espèces –, mais elle devient pionnière en France en agriculture par le choix du CTIFL de l’intégrer sur son centre opérationnel de Balandran. Cette concrétisation dans un outil expérimental est issue d’une collaboration franco-canadienne lors d’un voyage du président Jacques Rouchaussé en août 2018. Mais qu’est donc la TIS ? « Une technique qui permet la diminution des populations sauvages d’un ravageur par des lâchers massifs et répétés de mâles stérilisés de cette même espèce », résume Clelia Oliva, chef de projet et coordinatrice du collectif TIS créé en 2018, qui rassemble pour la France le CTIFL, l’Inrae, le Cirad, l’IRD et bien d’autres parties prenantes.

    Pilotis a été inauguré en juillet dernier au centre CTIFL de Balandran (Gard). © DR

    Concrètement, les mâles de ravageurs ciblés sont élevés dans une unité pilote à Balandran – encore à petite échelle –, puis stérilisés aux rayons X par un partenaire spécialisé, avant de revenir à Balandran pour des lâchers expérimentaux en conditions contrôlées. Le stade expérimental court jusqu’en 2023, dans un roulement sur différents insectes cibles : carpocapse, avec une capacité de production actuelle de 50 000 insectes par semaine, et Drosophila suzukii. Les lâchers ont lieu cette année dans le cadre du projet Carpo’Tis Noix, sur vergers de noyers en Isère, en partenariat avec la Senura. Un deuxième projet pilote est mené en parallèle, Ceratis Corse (gestion territoriale de la cératite en Corse jusqu’en 2023). Une équipe de six ingénieurs et techniciens spécialisés est désormais constituée. « L’objectif du CTIFL est de développer une expertise locale, de la valider en situation réelle, avant d’envisager un déploiement à grande échelle », confirment Sarah Moyse, directrice du centre, et Clelia Oliva.

    Plus globalement, l’objectif est surtout de mettre au point la technique pour chaque ravageur ciblé et, derrière, envisager une vraie réduction de l’usage des pesticides, en réponse aux enjeux de la filière. La France peut s’appuyer sur les résultats canadiens, partagés lors de l’inauguration par Cara Nelson, ex-directrice du programme Oksir. Elle atteste d’une réduction de 96 % de l’utilisation de pesticides en vergers de pommiers avec la technique de la TIS, répétée depuis une trentaine d’années. La population de carpocapses a été réduite de 94 % et le coût des moyens de protection a baissé de 35 % pour les producteurs. L’enjeu est donc de taille, ou comment passer de la mise au point expérimentale à une échelle industrielle. Pour Cara Nelson, les deux clés de la réussite à retenir sont la communication et le travail d’équipe entre les différents acteurs d’un même bassin de production pour mettre en place la TIS. Le CTIFL espère également un soutien des pouvoirs publics, afin d’accélérer les recherches, puis le transfert aux professionnels. « Au Canada, les résidents d’un territoire contribuent via un impôt léger au déploiement local de la TIS, car ils en bénéficient directement (sur leurs vergers) ou indirectement (réduction des pesticides). Il serait intéressant d’y réfléchir en France ! », souligne Clelia Oliva.

    © végétable