Pêche-nectarine : les premières tendances

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    Les prévisions de récolte européennes de fruits à noyau sont révélées, comme chaque année depuis presque trente ans, par Europech, qui coordonne les organisations professionnelles italiennes, françaises, espagnoles et grecques à l’occasion du salon Medfel. En raison de la crise du Covid-19 et du report du Medfel, voici quelques premières données.

    Pour cette campagne 2020, les conditions climatiques ont été particulièrement compliquées et ont affecté le potentiel de production d’abricots et de pêches-nectarines dans tous les pays producteurs : le potentiel optimal de production ne sera pas atteint. Autre problématique : la disponibilité en main d’œuvre, dans le contexte du Covid-19, qui inquiète les producteurs de tous les pays et les surcoûts de production générés par toutes les mesures sanitaires nécessaires sur les exploitations agricoles et dans les stations de conditionnement.

    © Philippe Dufour – Interfel

    À la date du 7 mai, en Grèce, la production de pêches et nectarines semble normale, sans diminution des quantités.  Après un hiver doux et sec, des pluies sont arrivées au mois de mars et pendant la floraison. Vers la mi-mars, un épisode de gel (- 3° C) a affecté les variétés à floraison très précoces sans trop de dégâts au niveau global. Et le mauvais temps s’est poursuivi avec des pluies et des températures basses jusqu’à mi-avril. Ce climat a abouti à une saison plus tardive que celle de l’année dernière, de 7-8 jours. En ce qui concerne les volumes, ils semblent proches de ceux de 2019, mais cela devra être confirmé d’ici la mi-mai. Autre sérieux problème pour cette saison : les travailleurs saisonniers en provenance d’Albanie ne peuvent pas travailler en Grèce. Pour conclure, on voit que les surfaces de vergers de pêchers semblent diminuer à cause des bas prix obtenus par les producteurs au cours des trois dernières années. Mais le potentiel en nectarines reste stable, augmente même un peu, ce produit étant mieux valorisé sur les marchés. Les pêches plates (et les pavies) restent au même niveau, avec des volumes très limités. Les producteurs sont également confrontés à des retards de paiement des assurances, suite aux problèmes climatiques rencontrés les années passées. Les trésoreries sont au plus bas et les producteurs n’ont pas les ressources suffisantes pour réaliser les avances nécessaires aux cultures.

    En Espagne, le problème numéro un est bien celui de la disponibilité de main. En effet certaines régions comme l’Aragon et la Catalogne font appel à une main d’œuvre étrangère importante qui, à ce jour, est absente. Les professionnels espagnols demandent à leur gouvernement de mettre en place des mesures permettant aux travailleurs de l’espace Schengen et de Roumanie de venir, comme l’ont fait certains pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Irlande…). Ces soucis additionnés aux mesures de sécurité vont générer des surcouts de production entre 20 et 30 % aussi bien au verger qu’en station de conditionnement. En Catalogne, en raison du gel au début du printemps, des dommages se sont produits sur les fruits, à la fois en raison de pertes directes mais aussi d’une pénalisation ultérieure du développement des fruits. Cet impact est irrégulier dans la zone de Lleida. Toutes les sous-espèces ont été affectées, bien que les plus touchées soient les nectarines et les pêches plates, à la fois en début et en milieu de saison. En plus des conditions climatiques, les surfaces arrachées depuis 2019 doivent prises en compte. Les prévisions de récolte sont en cours d’évaluation et, bien qu’aucune donnée chiffrée ne soit disponible (des fruits sont encore en train de tomber), la première évaluation indique une diminution de la récolte par rapport à l’année dernière.

    En Italie, la production 2019 en Italie a été de 534 000 tonnes de pêches (+ 6 % par rapport à l’année 2018 qui était déficitaire), 608 000 tonnes de nectarines (+ 6 % par rapport à 2018) et près de 92 000 tonnes de pêches pavies (+ 28 % par rapport à 2018). L’année dernière, l’offre s’est située sur un niveau satisfaisant à l’échelle du pays, mais la production a été pénalisée par plusieurs orages de grêle qui ont réduit les quantités destinées au marché du frais. L’hiver qui vient de se terminer a été très doux et, au mois de mars, la période de beau temps caractérisée par des températures au-dessus de la normale a généré au Nord une floraison précoce, normale, sans problème particulier et une floraison très longue dans les régions du Sud. Malheureusement, fin mars et début avril, des gelées répétées ont pénalisé la productivité pour les pêches et pour les nectarines. Les cultures présentes dans les régions du Nord sont donc significativement touchées, avec un impact notable en Émilie-Romagne, celles de la Vénétie et du Piémont étant moins compromises. Des dégâts de gel ont également été signalés dans certaines régions du sud de l’Italie, en particulier en Campanie, mais les zones de production du centre et du Sud présentent un problème de gel nettement plus limité que dans le Nord.

    Au niveau de la production, les estimations pour 2020 sont encore en cours d’élaboration, il n’est donc pas possible aujourd’hui de parler d’estimations précises. Dans les régions du Sud, les productions 2020 devraient être légèrement inférieures à celles de 2019. En revanche, la baisse de la production dans les régions du Nord semblerait plus importante, du fait de la baisse des surfaces ainsi que des rendements limités, dus aux gelées. Actuellement, les régions du Sud semblent montrer une période de récolte similaire à celle de l’année dernière, tandis que dans le Nord de l’Italie, on observe actuellement quelques jours d’avance. Concernant les surfaces, la tendance à la baisse en Italie, qui se poursuit depuis plusieurs années, se confirme, en 2020, dans les principales zones de production, provoquée par des arrachages non compensés par de nouveaux investissements. Pour 2020, les surfaces en pleine production sont estimées en Italie, en tant qu’espèce totale (pêches + pavies + nectarines) à un peu plus de 51 000 hectares, – 5 % par rapport à l’année dernière.

    Enfin, en France, même si les vergers de pêchers ont été soumis au même climat compliqué de cet hiver 2019/2020 que les vergers d’abricotiers, les impacts ont été moins importants. Les variétés de pêches et de nectarines semblent mieux supporter le manque de froid hivernal, et même les températures excessives qu’on a connues cet hiver. Les gelées ont touché des bassins de production, moins en pêche-nectarine qu’en abricot (vallée du Rhône, Vaucluse…). En pêche-nectarine, on observe globalement une floraison souvent moyenne, avec des besoins d’éclaircissage faibles. Sur les variétés précoces qui nécessitent des niveaux d’éclaircissage importants habituellement, la charge sera normale. En revanche, sur des variétés de saison ou tardives, peu ou pas éclaircies, un déficit de charge pourra être observé. Cet éclaircissage faible et ce déficit de charge dans certains cas devraient logiquement générer des calibres plutôt supérieurs à la normale. Les producteurs espèrent également ne pas connaître le fort déséquilibre de la campagne 2019 et proposer, dès le début de récolte mi-juin, des volumes et des calibres standards, sans connaître les excédents d’offre en fin de saison, comme l’an passé. Au niveau de l’évolution des surfaces, après une baisse régulière du potentiel de production français, on observe depuis 2-3 ans un renouveau du verger français, qui se matérialise par un taux de renouvellement de 7 à 8 % au niveau des entreprises de l’AOP Pêches et abricots de France. Les bons résultats économiques des 3 dernières années, une meilleure maîtrise des foyers de Sharka et une situation plus compliquée pour la filière abricot ne sont pas étrangers à cette évolution.