Bruno Darnaud quitte la présidence de l’AOP Pêches et abricots de France et laisse sa place à Alexi Bois, jeune producteur du Gard. Un bilan marqué par de nombreux chantiers et une confiance assumée pour le futur de la filière arboricole.

Après quinze années passées à la tête de l’AOP Pêches et abricots de France, Bruno Darnaud s’apprête à tourner une page professionnelle. À l’occasion de son départ en retraite, effectif en janvier, le président sortant revient sur l’évolution de la filière et sur les défis qui l’attendent. Pour Bruno Darnaud, l’un des signaux positifs majeurs réside dans le renouvellement des générations : « Une nouvelle génération d’arboriculteurs arrive, ce qui prouve un important dynamisme dans la filière. » Ce mouvement est particulièrement visible en pêches et nectarines, où les questions variétales sont aujourd’hui bien maîtrisées.
Abricot : le maillon sous tension de la filière
La situation semble plus contrastée en abricot, où les interrogations techniques et économiques demeurent. Le président sortant précise que des travaux d’amélioration gustative sont en cours, mais s’inscrivent dans un temps long. À cela s’ajoute une répartition de la production d’abricots jugée peu idéale commercialement, avec un pic très marqué sur les deux dernières semaines de juin et la première de juillet : « Ces volumes importants sur une courte période posent la question de l’écrêtage de ces pics », souligne Bruno Darnaud.
L’irrégularité de production inquiète également certains producteurs, notamment en région Auvergne-Rhône-Alpes, même si l’impact reste encore peu chiffré. Le remplacement progressif de variétés peu productives par des variétés plus performantes permet toutefois de maintenir les volumes, malgré une baisse des surfaces et un taux de renouvellement encore insuffisant.
Peser face à une distribution concentrée
Durant son mandat, l’AOP a dû s’adapter à une distribution de plus en plus concentrée. Le renforcement de l’organisation collective s’est accompagné d’un important travail sur les données. « Nous avons gagné en crédibilité auprès des distributeurs », estime Bruno Darnaud, évoquant les progrès réalisés dans la collecte d’informations en magasins et en production au sein de l’association. Ces éléments statistiques constituent aujourd’hui un appui précieux pour organiser les campagnes de commercialisation et valoriser les fruits français dès le début de saison.
La dimension technique a également été au cœur des priorités, avec près d’un tiers du budget de l’AOP consacré à l’expérimentation. Les travaux menés avec le CTIFL et trois stations expérimentales, dont la Sefra, portent notamment sur la protection phytosanitaire des vergers. La disparition de certaines molécules reste un sujet d’inquiétude majeur pour les producteurs, dans un contexte où il faut à la fois répondre aux problématiques de ravageurs et maintenir les niveaux de production.
L’AOP s’investit dans une défense juridique des produits phytosanitaires, face aux actions engagées par certaines ONG. Les enjeux liés à l’eau et au climat figurent également parmi les axes de travail structurants.
Une filière qui garde le cap sous pression climatique
Malgré les aléas climatiques, Bruno Darnaud se veut confiant. Les épisodes de canicule, comme les 25 jours enregistrés en 2025, ont éprouvé les vergers, mais n’ont pas entamé la consommation. Les pêches et nectarines restent des « produits plaisirs », particulièrement recherchés lors des fortes chaleurs, offrant à la filière des perspectives plus favorables que dans d’autres productions agricoles.
La présidence de l’AOP Pêches et abricots de France est reprise par Alexi Bois, jeune producteur de pêches, abricots et kiwis près de Nîmes. Il est appelé à poursuivre le travail engagé dans un contexte toujours exigeant pour l’arboriculture française.
L’AOP précise d’ailleurs : « Forte d’une représentativité de 70 % à 80 % de sa filière, l’AOP et son nouveau président ambitionnent de développer les partenariats engagés avec la grande distribution française. Ce travail de collaboration et de confiance, qui a contribué à l’équilibre économique des exploitations, sera amplifié. »










