Légumes de France : emploi et souveraineté en première ligne

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    La souveraineté alimentaire se trouvait en filigrane de l’ensemble des prises de parole lors du dernier congrès de Légumes de France. La première journée a mis en avant les problématiques autour de l’emploi et de l’attractivité des métiers.

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    Légumes de France a organisé, avec l’Apef (Association des producteurs d’endives de France), son congrès annuel les 4 et 5 décembre à Arras. Plus de 300 participants – producteurs, fournisseurs et partenaires des filières plein champ et sous serre –, ont fait le déplacement en Picardie. « La souveraineté alimentaire devrait être la 1ʳᵉ préoccupation, le réarmement du pays doit aussi être agricole », a déclaré en introduction Cyril Pogu, coprésident de Légumes de France, regrettant la durée de vie « beaucoup trop courte » du Plan de souveraineté fruits et légumes, jugée « inversement proportionnelle à ses ambitions ».

    Les représentants des différentes commissions ont ensuite présenté une restitution synthétique de leurs travaux de l’année écoulée, avec en tête, la loi Duplomb. En préambule, Julien Dive, député de la 2ᵉ circonscription de l’Aisne, a appelé à « remettre du pragmatisme », soulignant que certaines filières se trouvent aujourd’hui « en situation d’impasse ». Selon lui, « la loi Duplomb est l’arbre qui cache la forêt, elle ne doit pas se résumer à l’acétamipride et aux mégabassines ».

    Un point de vue partagé par l’organisation professionnelle : « La LOA, censée ancrer l’agriculture comme un intérêt majeur pour la nation, devrait faciliter les projets agricoles, comme les installations de stockage de l’eau. Il y a des avancées réglementaires, mais elles doivent s’appliquer sur le terrain », a insisté Bruno Vila, coprésident de Légumes de France. La commission emploi a rappelé le caractère « stratégique » du sujet : Céline Vila s’est félicitée de la pérennisation du dispositif TODE début 2025. « Le TODE représente des économies d’environ 150 € par mois, pour les contrats de maximum six mois », a-t-elle rappelé. « Nous réclamons d’aller plus loin, avec un allégement de charges également pour les contrats permanents. »

    Les leviers de recrutement

    La table ronde du jeudi après-midi, illustrées par des témoignages de salariés d’endiveries, souvent des structures familiales du Nord et du Pas-de-Calais, s’est intéressée aux leviers de recrutement : valoriser les métiers ou s’adapter à la pénurie de main-d’œuvre ? Pour Stéphane Manigolt, entrepreneur dans le secteur de la restauration et président du groupe Éclore, a appelé à « redonner du prestige aux métiers manuels, en agissant sur le coût du travail pour les entreprises », ce qui permettrait de revaloriser les salaires. C

    oncrètement, sur le terrain, la reconnaissance du travail et une meilleure flexibilité horaire, permettant de concilier contraintes professionnelles et personnelles, ont été évoquées comme des leviers simples pour fidéliser les équipes : « Cela ne coûte pas cher mais ça peut rapporter gros », a observé Fiacre Janson, maraîcher dans la Marne. Les participants ont également évoqué les problématiques de logement et de mobilité, ainsi que les conditions de travail.

    Le rôle de la formation demeure central dans un contexte de baisse du nombre d’exploitations. « Il faut capter d’autres publics non issus du milieu agricole, faire découvrir en amont les métiers et la réalité des conditions de travail », a affirmé Henry-Louis Bourgeois, directeur du Campus agro-environnemental du Pas-de-Calais. Il souhaite également faire connaître les métiers agricoles aux professeurs principaux des collèges. « Notre objectif est d’augmenter de 30 % les effectifs dans les établissements agricoles. » En résumé, « agir sur l’attractivité – du métier, de la branche, du territoire –, c’est s’intéresser au sujet de la transmission, et in fine de la souveraineté alimentaire ».

    La journée s’est conclue par un cocktail servi au beffroi de la ville. L’occasion, pour Philippe Bréhon, président de l’Apef, d’ironiser sur une lacune : « Arras organise régulièrement sa fête de la bière, sa fête de l’andouillette et un championnat du monde de la frite, mais rien pour l’endive, qui est pourtant incontestablement un fleuron local. » Nul doute que les élus locaux auront bien entendu ce message !

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