Dans un monde idéal, doit-on tendre vers la transparence en matière de rémunération et d’origine ? La question a été posée pendant les Assises de l’agriculture et de l’alimentation, le 25 novembre dernier.

D’où il ressort que la transparence peut tout aussi bien être vertueuse que diabolique : elle est pleine de vertus quand un groupe de producteurs, par exemple les 340 éleveurs laitiers de la zone AOP Comté, réussit à s’imposer un cahier des charges exigeant et évolutif (la 10e version vient d’être adoptée), dûment contrôlé par un organisme tiers impartial.
Cette transparence sur l’origine, à la base de la création de Juramonts Comté en 1951 – l’union est constituée aujourd’hui de 17 coopératives de la zone AOP Comté (Ain, Doubs, Jura) – peut même se conjuguer avec la transparence sur la rémunération. « Je fais partie du directoire de la société d’affinage de nos fromages et j’ai un regard sur le prix et la mise en marché », explique Catherine Gaubert, directrice de Juramonts Comté.
Mais la transparence peut aussi être diabolique, dans le sens où elle peut s’accompagner d’un accroissement réglementaire et d’une pression pour ceux qui la revendiquent. En soi, « la transparence n’est pas une valeur, mais un moyen pour rétablir la confiance », souligne Daniel Sauvaget, président fondateur du réseau de magasins surgelés Écomiam. Dans sa soixantaine de points de vente situés dans l’arc Atlantique, il prône systématiquement l’origine France et indique pour tous ses produits la décomposition précise du prix de vente : le prix payé au fournisseur, sa marge et la TVA perçue par l’État. Un concept qui fait « de la confiance la base de tout », selon le dirigeant.
Renforcer le lien de confiance
Le directeur de l’offre de la coopérative Biocoop, Philippe Bernard, ne va pas jusqu’à décomposer le prix de vente en facial. Mais comme Écomiam, il revendique la transparence d’origine France avec le logo Origin’Info en cours de déploiement sur l’ensemble de ses produits à marque Biocoop. Ce logo issu du collectif En Vérité renseigne le client sur l’origine des trois principaux ingrédients d’un produit transformé. « 100 % de nos produits Biocoop seront estampillés du logo au premier trimestre 2026 », se réjouit Philippe Bernard.
Pour y parvenir, il n’hésite pas à relocaliser en France des produits jusqu’à présent importés (graines de moutarde, framboises…). Mais la transparence a ses limites quand des producteurs ne parviennent pas à savoir sur quelle base économique leur produit est transformé. Dans le sillage de la loi Égalim, « il y a eu nombre de réunions de travail sur ce sujet, mais il est très difficile d’avoir un retour des industriels », déplore Véronique Le Floc’h, éleveuse laitière et ex-présidente de La Coordination rurale.
C’est en effet à partir de la valorisation des produits de grande consommation et des ingrédients laitiers, en France et à l’export, que les laiteries déterminent le prix du lait payé à leurs livreurs. La transparence n’est pas non plus le fort de la grande distribution. En particulier sur l’origine quand « elles rognent leur marge sur les produits d’importation pour être attractives et se refont la cerise sur la marge des produits français », pointe Daniel Sauvaget.
Si l’objectif est bien la transparence, il faut accueillir à la table des négociations les agriculteurs aux côtés des industriels et des distributeurs. Ce qui aurait pour mérite de « redonner à l’agriculture la place qu’elle mérite », précise Michel Biero, ex-patron de Lidl France, et de renforcer le lien de confiance avec les consommateurs.











