Après la Sefra, quelle suite ?

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    La Sefra n’est plus, alors que le besoin d’expérimenter demeure pour la profession fruitière. Bruno Darnaud, ancien président de la Sefra, et Régis Aubenas, élu à la Chambre d’agriculture de la Drôme, réfléchissent donc à la suite financière pour l’expérimentation sur le verger existant, avec l’appui des professionnels de la région.

    « Nous avions peur de perdre le matériel végétal de la station et nous avions besoin que le verger soit un minimum entretenu », déclare Bruno Darnaud. © DR

    Le 2 juillet dernier, le tribunal de Valence a prononcé la liquidation judiciaire de la Sefra, station expérimentale de référence en fruits située à Étoile-sur-Rhône. Quinze jours après, l’ensemble des salariés étaient licenciés. Seuls deux expérimentateurs et un chef de culture ont pu être repris par la Chambre d’agriculture de la Drôme, dans l’attente d’une nouvelle organisation. « Le verger est là, trois embauches sont assurées par la Chambre, nous devons construire la suite maintenant », résume Bruno Darnaud, ancien président de la Sefra. Car si les terrains appartiennent au Département et sont loués par la Chambre, il fallait avant tout éviter la perte du matériel végétal et garantir un minimum d’entretien. La Chambre d’agriculture a donc accepté d’assurer un relais temporaire, sous condition que les professionnels s’engagent à contribuer financièrement à la poursuite des projets d’expérimentation.

    Désengagement des pouvoirs publics : modèle économique à bout de souffle

    L’équilibre financier de la station reposait sur la production fruitière, qui représentait, certaines années, plus d’un quart du chiffre d’affaires annuel. Cependant, les derniers audits avaient mis en évidence la difficulté de concilier production et expérimentation. Dans un contexte de réduction des financements publics, l’équilibre n’a pas tenu. Cet été, Bruno Darnaud et Régis Aubenas ont réuni les grands opérateurs de la filière fruit pour construire « l’après-Sefra ». L’enjeu : poursuivre les expérimentations essentielles pour les producteurs, tout en trouvant un modèle indépendant au maximum des financements publics. « Aujourd’hui ,le relais est assuré par la Chambre, mais demain nous ne savons pas quelle forme prendra la future structure », explique Bruno Darnaud.

    Deux types de contributions sont tout de même à l’étude : l’une sur les programmes mutualisés par l’ensemble des organisations de producteurs, et une autre spécifique « Sefra » sur les surfaces Rhône-Alpes. Alors que le chiffre d’affaires annuel de la station rhônalpine montait jusqu’à 900 k€, un prévisionnel de 250 k€ est envisagé pour la suite. Finalement, l’idée est de simplifier l’organisation administrative et de proposer un outil piloté directement par les professionnels.

    Maintien de l’expérimentation par et pour les professionnels

    À court terme, l’activité continue sur le site d’Étoile-sur-Rhône sur des surfaces réduites. Le verger agrivoltaïque, par exemple, sortira du dispositif. Deux producteurs en assurent déjà l’entretien avec l’appui de la chambre pour le suivi. En revanche, les travaux sur l’évaluation variétale, la gestion de l’eau ou les sujets phytosanitaires seront maintenus, ciblés sur les priorités des producteurs. Des journées techniques sont déjà prévues en octobre. Le sort de la Sefra illustre plus largement les difficultés rencontrées par les stations expérimentales, fragilisées par le désengagement progressif des pouvoirs publics. Pourtant, leur rôle reste crucial pour accompagner les filières fruitière et légumière dans un contexte de changements techniques, climatiques et réglementaires. La disparition de la station rappelle une évidence : les structures peuvent s’éteindre, mais l’expérimentation demeure vitale pour l’avenir de la production.