La Compagnie des amandes propose un nouveau modèle agricole

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    La Compagnie des amandes parie sur un modèle économique novateur, en rupture avec les logiques qui prévalent dans le paysage agricole français. Il promet de payer le travail du producteur dès le premier jour de la plantation et de le protéger des risques habituels.

    © Compagnie des amandes

    Les fruits à coque, dont l’amande, étaient à l’honneur au dernier salon Medfel, à Perpignan, les 27 et 28 avril dernier. Au-delà des projets d’investissement et/ou de replantation en cours, témoignant d’une vitalité nouvelle dans une filière portée par une demande en forte croissance et une offre très déficitaire, le projet de la Compagnie des amandes a eu un écho singulier car porté par la voix-même et la présence de son fondateur : Arnaud Montebourg. L’ancien élu rural, député et ministre de l’Économie, entend bâtir un modèle innovant pour l’agriculture, en proposant une « nouvelle alliance entre investisseurs et agriculteurs, dans un projet privé d’investissement dans les vergers d’amandiers ». En s’associant à l’entrepreneur François Moulias, qui dirige la compagnie, il compte bien « réinvestir dans l’amande “made in France”, reconquérir cette culture sacrifiée sur l’autel de la mondialisation, dans un projet aux prix rémunérateurs, unir les ressources humaines techniques, scientifiques, financières à un niveau significatif, et ainsi créer de la valeur dans l’amande française ».

    François Moulias, dirigeant de la Compagnie des Amandes, est aussi l’un des membres fondateurs et trésorier de l’association interprofessionnelle France Amande ; et Arnaud Montebourg, président, est à l’origine du concept « made in France » de l’amande.© végétable

    Le nouveau modèle économique passe par une inversion des logiques actuelles d’écoulement de l’offre et de place de l’agriculteur généralement en proie à une multiplicité de risques (libre concurrence, emprunt sans garanties, difficultés techniques, aléas climatiques…). Il repose sur un co-investissement agriculteurs-investisseurs, « une alliance équilibrée entre capital et travail », qui nécessite au démarrage de créer une société d’exploitation commune, envisagée sur le long terme (vingt-cinq ans minimum). D’un côté, l’agriculteur alloue sa terre pour le projet, son travail et son savoir-faire. De l’autre, l’investisseur apporte ses financements : prise à bail de la terre, financement des plants au démarrage, rémunération du travail de l’arboriculteur sans délai, prise en charge des dépenses d’investissement dans le matériel technique. « Le marché porteur de l’amande permet d’unir les deux : lever des capitaux, les sécuriser, respecter l’agriculteur dans son indépendance et sa liberté d’entrepreneur, respecter la propriété de sa terre, rémunérer correctement le travail de l’agriculteur avant même de produire, car il faut attendre la 6e feuille pour avoir une première récolte, et partager avec l’investisseur la valeur créée par la récolte annuelle. » La Compagnie des amandes agrège, quant à elle, les producteurs dans ce projet. Elle est une société de financement, de soutien technique et de conseil agronomique. « Nous ne sommes pas un fonds d’investissement, à aucun moment nous n’achèterons la terre », précise Arnaud Montebourg. La vente des amandes se déroulera dans le cadre d’un mandat de commercialisation avec la Compagnie des amandes.

    Le revenu des producteurs proviendra de plusieurs sources différentes : loyer, en moyenne de 350 €/ha/an pour la location des terres dans le cadre du projet (pour un propriétaire foncier), travail rémunéré avec une partie fixe le temps de rentrer en production (forfait de 700 €/ha/an hors MSA dès le premier mois de plantation), puis 850 €/ha/an hors MSA à la maturité du verger. La rémunération est complétée par une partie variable liée au rendement du verger. Les bénéfices sur les cinq premières années, s’il y en a, seront versés sous forme de dividendes (51 % pour les producteurs, actionnaire majoritaire dans chaque société créée).

    © Compagnie des amandes

    La Compagnie des amandes engage plusieurs parties prenantes dans un schéma de filière et d’agrégation des producteurs, autour d’une casserie collective et compétitive qui devrait être opérationnelle pour 2023. Sur le plan capitalistique, 8 M€ ont déjà été levés, répartis entre les investisseurs privés (66 %), l’Inrae (5 %), l’industriel Daco France et le grand public via une plateforme d’investissement responsable.

    Depuis 2018, 208 ha ont déjà été plantés et un peu plus de 300 ha sont en « cours d’analyse », pour un objectif à terme de 1 500 à 2 000 ha. Un Guide du partenaire arboriculteur, mis à jour en février dernier, peut être diffusé à tout producteur qui souhaite s’engager dans cette démarche de plantation et/ou de diversification. Reste à attendre la phase de commercialisation grandeur réelle pour se confronter aux réalités du marché… sachant que le projet se veut « premium », avec l’idée d’une valorisation maximale.