Les associations régionales et organisations de producteurs européennes se sont retrouvées à Bruxelles le 4 novembre. La proposition de réforme de la PAC était, bien sûr, au cœur des débats. Qu’il s’agisse de politique européenne ou de protection des cultures, les intervenants ont rappelé que plus que jamais l’union fait la force.

L’Areflh (Assemblée des régions européennes fruitières légumières et horticoles) a tenu le 4 novembre son deuxième forum annuel à la délégation de la région Émilie-Romagne auprès de l’UE à Bruxelles. « Le forum s’est, une fois de plus, révélé être une plateforme dynamique pour élaborer des solutions concrètes et réaffirmer une ambition commune pour l’horticulture européenne », a souligné Ramón Fernández-Pacheco Monterreal, président de l’Areflh et ministre de l’Agriculture de l’Andalousie. Il a également confirmé une conviction partagée : face à la concurrence mondiale et aux défis climatiques, seule une Europe agricole unie et innovante peut garantir sa souveraineté et la pérennité de ses filières.
La renationalisation de la PAC, une menace sérieuse pour les interventions sectorielles
La discussion a débuté par un premier panel sur le rôle des interventions sectorielles dans la future PAC (Politique agricole commune). La députée européenne Carmen Crespo Díaz a clairement exprimé sa position contre la proposition actuelle de la Commission et notamment contre l’idée d’un fonds unique : « La stratégie européenne de défense ne peut être élaborée au détriment des agriculteurs européens. » Position partagée par son homologue Eric Sargiacomo : « Déléguer toutes les responsabilités aux États membres s’est déjà révélé une stratégie infructueuse. Nous demandons un plus grand respect de la voix du Parlement dans le dialogue interinstitutionnel. »
Représentant la Commission européenne, Ricard Ramon a répondu que le nouveau mécanisme de responsabilité partagée avec les États membres serait conçu pour éviter de nuire aux secteurs qui fonctionnent bien, tels que celui des fruits et légumes. « La PAC perd son âme dans ce fonds unique et cela n’est pas acceptable. L’OCM est bien plus qu’un soutien au revenu, c’est un système démocratique permettant de planifier la production et d’investir collectivement pour renforcer la résilience des agriculteurs au sein de la chaîne de valeur », a rétorqué Ramón Fernández-Pacheco Monterreal. Ses propos ont trouvé un écho auprès d’Arnaud Lécuyer, vice-président de la Bretagne, qui a pointé quecette proposition augmente le risque d’inégalités entre les régions. « Jouons la carte de l’union et ne faisons pas une union à la carte ! »
Innovation et durabilité de la protection des végétaux : une course contre la montre
Indissociable du débat sur la PAC, la question de la protection des cultures a occupé une large place dans les échanges. Le professeur Paolo De Castro, invité d’honneur, a averti que l’horticulture européenne est sous pression en raison des exigences strictes en matière de protection des végétaux et de la concurrence déloyale des pays hors UE. Comment soutenir l’innovation pour des solutions plus durables ? Il a appelé la Commission européenne à promouvoir la reconnaissance mutuelle des produits phytosanitaires et à établir des règles européennes en matière d’édition génétique, soulignant que « le monde n’attend pas : l’Europe doit défendre son secteur agroalimentaire, sa principale industrie d’exportation ».
Luc Vanoirbeek, représentant de la Belgique au sein de la Copa-Cogeca, a noté le rôle central des programmes opérationnels, « un outil puissant pour soutenir l’expérimentation et la recherche, mais aussi l’investissement dans du matériel de précision, qui contribue à réduire l’impact environnemental et à mieux protéger les applicateurs ». Les intervenants ont aussi pointé les lenteurs administratives qui freinent l’innovation. Les délais d’instruction des dossiers d’homologation, y compris pour le biocontrôle, ou de renouvellement d’autorisation restent trop longs, alors que les producteurs perdent chaque année des substances actives sans disposer d’alternatives.
Une piste d’avenir se dessine avec les nouvelles biotechnologies (NBT/NTG). La Commission européenne travaille actuellement sur les conditions de leur encadrement. Pour tous, ces outils ne pourront se déployer efficacement qu’à l’échelle communautaire. « Sur le dossier phyto comme sur la PAC, il est essentiel que l’Europe reste soudée pour être puissante face à une concurrence accrue des pays tiers », a insisté Lisa Martini, vice-présidente de l’Areflh, rappelant que, « en quelques décennies, la situation a basculé : la PAC avait été conçue pour gérer les situations de surproduction. Aujourd’hui, il s’agit de trouver ensemble des solutions pour continuer à produire. Il est désormais question de souveraineté alimentaire européenne ».










