Comment accroître la consommation de fruits et légumes des 18-34 ans ?

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    Coup d’envoi le 30 avril dernier d’une nouvelle campagne, « Good move », visant à favoriser la consommation de fruits et légumes des 18-34 ans, particulièrement ciblés. Aprifel, Fruit Union et Ailimpo* espèrent modifier à long terme les comportements, entre manque de temps, d’envie ou de sédentarité.

    © Freepik

    La raison du lancement du programme « Good Move » est très claire : motiver la génération Z (18-34 ans) à prendre en main sa santé et à changer ses comportements vers un mode de vie plus actif, qui fait la part belle aux fruits et légumes dans l’alimentation. Car d’étude en étude, les clignotants restent au rouge : sur fond de baisse généralisée de la consommation de fruits et légumes en Europe, « les jeunes de 25-35 ans consomment moitié moins de fruits et légumes que leurs aînés, une tendance qui devrait s’accroître. Il est urgent d’agir, parce que c’est un sujet de santé publique, en associant la consommation au plaisir, aux loisirs et au bien-être », souligne Chrystel Teyssèdre, présidente d’Aprifel. Concrètement, la campagne est cofinancée sur trois ans par l’Union européenne, et sera déployée en France, en Pologne et en Espagne. Son lancement le 30 avril dernier a été l’occasion de réunir sous forme de table ronde dans une émission TV diffusée en direct, experts et chercheurs de l’alimentation, du changement de comportement et du sport, pour décortiquer les leviers d’activation de la consommation de fruits et légumes auprès de cette cible.

    Bonne nouvelle : ces leviers sont nombreux. Pour ce faire, pas d’injonction, pas de culpabilisation, mais une façon d’inciter à acquérir de meilleures habitudes alimentaires et d’activité physique. « Good move » a ainsi été pensé sur le modèle du changement de comportement de Prochaska et Di Clemente (1982), conçu en trois temps : acquérir le bon niveau de connaissances (volet « changer d’attitude »), encourager la méthode des petits pas/petites habitudes au quotidien (volet « passer à l’action »), aider à maintenir ces bonnes habitudes dans le temps, au moins six mois (volet « maintien »). Chaque phase prend en compte les émotions des individus. « Il n’y a pas de fatalisme, pas de déterminisme. Il faut prendre toutes les occasions de bouger ou de consommer des fruits et légumes pour démarrer. Par exemple, on peut marcher sans pratiquer un sport. Il faut y aller petit pas par petit pas, intégrer dans son mode de vie plusieurs petites actions au quotidien pour progresser », recommande Vicky Drapeau, docteur en kinésiologie à l’Université de Laval (Québec). Selon elle, il a toujours des solutions. Par exemple, quant au coût supposé élevé de la consommation de fruits et légumes, privilégier les produits de saison, locaux, surgelés voire en conserve. Et se laisser le temps du changement : au moins huit à dix semaines sont nécessaires pour prendre le pli d’une nouvelle habitude.

    Respecter l’apport nutritionnel

    La chercheuse Sandrine Monnery Patris, au CSGA (Centre des sciences du goût et de l’alimentation), à l’Inrae de Dijon, plaide pour un programme d’éducation sensoriel dès le plus jeune âge : « C’est prouvé, il permet de limiter la néophobie alimentaire, de dépasser les a priori ». Aux traditionnels messages autour du plaisir et de la santé qui tous deux ont des effets sur les comportements, elle propose d’investiguer plus particulièrement un troisième axe orienté sur le social, la commensalité, le plaisir de partager. « L’imagerie sensorielle montre une amélioration de la qualité nutritionnelle des choix, quand on fait appel aux trois leviers du plaisir. Il est donc très important de créer des conditions de partage dès le plus jeune âge, autour d’un repas, pour le mimétisme à l’âge adulte. » Pour Matthieu Jouys, diététicien nutritionniste de la Fédération français d’athlétisme, le fait de respecter l’apport nutritionnel concerné en fruits et légumes correspond non seulement aux besoins, mais est une alternative intéressante, « quand on sait que 40 % de la population utilise des compléments nutritionnels, utilisés à tort ou à raison sans posologie initiale », regrette-t-il. « Les fruits et légumes sont des alliés, dans un cercle vertueux. Il est donc important de valoriser chaque petit effort. »

    Car tout est relié : alimentation, activité physique, sommeil. « Bouger correctement, au bon moment, est aussi un élément important dans la régulation de l’appétit, qui influe sur le sommeil », rappelle David Thivel, docteur en physiologie de l’exercice, nutrition humaine et sciences de la santé, professeur à l’Université de Clermont-Auvergne. Les recommandations officielles au niveau mondial sont de 150 minutes par semaine d’activité modérée à intense, mêlant marche ou incitations musculo-squelettiques. « Augmenter son activité de dix minutes par jour, c’est déjà bien pour démarrer », recommande David Thivel.

    Une campagne multicanale sera déployée sur les trois prochaines années, entre événements sportifs, partenariats avec des influenceurs, contenus pour coachs sportifs et site internet dédié, www.good-move.eu.

    * Aprifel : Agence pour la recherche et l’information en fruits et légumes (France) ; Fruit Union : association des distributeurs de fruits et légumes polonais (Pologne) ; Ailimpo : association interprofessionnelle du citron et du pamplemousse (Espagne).