Catastrophes naturelles et malaise en Espagne

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    Après les tempêtes Diana et Gloria, tout le modèle agricolo-touristique de développement de l’Espagne en train de tomber en faillite.

    Fin janvier, les images sont terrifiantes. En Espagne, la tempête Gloria laisse derrière elle, à ce jour, 13 morts suite à des vents qui ont parfois dépassé les 130 km/heure et des vagues de 8 mètres de haut. Les dégâts sont énormes. En ce qui concerne le secteur, on peut citer, entre autres, plus de 1 000 hectares de serres touchées à Almeria, la perte de la récolte d’oranges encore sur l’arbre dans de nombreux vergers de Valence et le millier d’hectares de légumes de plein champs détruits. Cette fois-ci, la région de Murcie a été épargnée, elle qui peine à se remettre du passage de la tempête Diana en décembre et de la catastrophe qui s’est produite dans la lagune connue comme la « Mar Menor » (la petite mer). Le Delta de l’Ebre, équivalent de la Camargue, se meurt : 3 000 hectares (soit 15 % de la surface totale de riz), majoritairement en culture biologique, ont tout simplement disparu. L’eau de mer a remonté le cours d’eau sur plus de 4 kilomètres.

    A cela, il faut ajouter les routes détruites, les voies de chemins de fer arrachées, les coupures de courant, l’absence d’eau potable, les plages de sable artificiel disparues et les infrastructures touristiques détruites alors que Pâques se rapproche… La situation est d’autant plus terrible qu’il s’agit, cet hiver, alors qui n’est pas encore fini, de la deuxième tempêtre qui sévit, voire à certains endroits de la troisième. L’Organisation météorologique mondiale signale maintenant que, pour cause de réchauffement climatique, ces événements ne sont plus exceptionnels et que la seule certitude est que, tôt ou tard, d’autres tempêtes d’une violence similaire, voire supérieure, sont attendues.

    Le gouvernement espagnol a déjà prévu de mobiliser 774 millions d’euros pour venir en aide aux victimes de la tempête Dana. Les fonds sont encore loin d’être arrivés à leurs destinataires, formalités administratives obligent. L’État devra donc remettre la main à la poche de nouveau, même si les caisses sont presque vides. Les agriculteurs, pour peu qu’ils soient assurés, ce qui est loin d’être souvent le cas, sont un peu plus chanceux, parce que les compagnies d’assurances sont plus rapides que les rouages administratifs. C’est tout le modèle agricolo-touristique de développement de l’Espagne qui est en train de tomber en faillite. Car 75 % de la côte espagnole est bétonnée. Un rapport de 2004, sortie des oubliettes ces derniers jours, préparé par le ministère de l’Environnement prévenait déjà des problèmes à venir. Or, entre temps, l’édification de la côte a continué et des constructions illégales ont été rétroactivement autorisées. De nouveaux projets sont encore en route ou dans les cartons, comme la construction de 12 000 à 14 000 nouveaux appartements sur les rives du moribond « Mar Menor ». Le Delta de l’Ebre se meurt, car les sédiments n’arrivent plus en quantité suffisante, selon l’Irta (l’équivalent de l’Inra en Catalogne). En effet, le cours du fleuve est parsemé de plus de 100 barrages (les écologistes élèvent ce chiffre à 200) et 360 centrales hydroélectriques.

    D’autres voix qualifiées montent pour dire ô combien cette situation n’est plus soutenable. Le très conservateur et prudent Collège des géologues, l’équivalent en Espagne des Ordres, comme celui des médecins, est enfin monté au créneau pour souligner l’aspect insoutenable de la situation. Plus courageusement, certains professeurs universitaires osent maintenant dire qu’il faudrait non seulement faire enfin appliquer la loi, mais aussi exproprier des maisons et des installations légales. Le monde agricole, quant à lui, fait majoritairement de la résistance. La Guardia Civil, la gendarmerie, a découvert ces cinq derniers mois 1 410 puits illégaux, 47 retenues illicites, 38 installations de désalinisation d’eau non autorisées et réalisé 107 arrestations. Raisons pour lesquelles des dirigeants parlent « d’acharnement policier » à présenter l’ensemble des agriculteurs « comme des délinquants ». Nous aurons l’occasion, dans un prochain article, d’aborder la montée du malaise des agriculteurs en Espagne. Selon les syndicats agricoles, l’augmentation du salaire minimum à 950 € par mois sonnerait pratiquement le glas de l’agriculture espagnole. Ce malaise explique le succès des manifestations, ces dernières semaines, et sur lesquelles nous reviendrons.

    © DR