Campagne sous tension en Espagne

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    Quelques semaines avant les premières récoltes de fruits à noyau dans la région de Murcie, les professionnels se montrent prudents dans leurs prévisions techniques et commerciales. Échange lors de notre reportage en Espagne avec Jesús Abenza, directeur de Alimer Frutas.

    Alimer Frutas est une des coopératives membres d’Anecoop, la plus importante en volume. 80 % des producteurs adhérents à la coopérative se situent dans un rayon de 40 km autour de Cieza. « Notre objectif est de se positionner en spécialiste des fruits à noyau (pêches, nectarines, paragayos et platerines, prunes et abricots) sur la période de mai à fin juin, avec 80 % des tonnages, mais nous sommes présents 12 mois sur 12, en complétant notre activité avec d’autre produits, comme le kaki (récolté à partir de novembre) », détaille Jesús Abenza, directeur de Alimer Frutas. « Nous diversifions les dates de récolte, les variétés et les zones de production pour réduire le risque économique en cas d’incident climatique. »

    Jesús Abenza, directeur de Alimer Frutas, à droite. © végétable

    Les fruits à noyau d’Alimer Frutas destinés au marché français sont commercialisés directement par l’antenne d’Anecoop Murcia, alors que les autres marchés européens sont gérés par l’agence de Valence. « La situation est singulière dans la région de Murcie. Historiquement la production de fruits était majoritairement destinée aux conserveries. Après une grosse crise de rentabilité, quelques usines ont fermé et la production a été délocalisée. Les producteurs ont alors opéré une stratégie de changement variétal pour cibler le marché du frais en Europe », continue Jesús Abenza. « Aujourd’hui, le frais représente entre 95 % du commerce, principalement pour la grande distribution, avec des conditionnements en vrac et de plus en plus de pré-emballés. Cette multiplication des formats pour les différents clients est très chronophage pour nos équipes, à l’approvisionnement et en station. J’aimerais qu’on retrouve le sens commun pour vendre simplement le fruit et concentrer notre énergie sur la qualité. »

    Bien sûr, les changements climatiques l’inquiètent pour la suite, mais dès aujourd’hui il relève un défi commercial : « Car nous avons perdu beaucoup de débouchés avec la fermeture des marchés soviétiques suite à l’embargo, il faut maintenant s’intéresser à de nouveaux marchés, pourquoi pas l’Asie. Et en parallèle dynamiser la demande et promouvoir la bonne qualité de nos fruits auprès des consommateurs. » Les dernières campagnes ont été difficiles. Il lui semble compliqué de se projeter quand on manque de visibilité sur les volumes plus de deux semaines avant la récolte. « Le secret est l’adaptation et la réactivité, à la fois du côté des producteurs et du marché, pour rendre les relations commerciales plus efficientes. »

    © végétable