Aneefel : la pérennité au cœur des enjeux

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    La dernière assemblée générale de l’Aneefel a permis de révéler le point de bascule de la profession, soumise à fortes pressions. Mais des réponses concrètes arrivent. Seront-elles à la mesure des enjeux ?

    Un « haut-lieu historique de la culture de la production-expédition » : Saint-Rémy de Provence s’accordait particulièrement aux sujets en discussion, le 17 mars 2023,  après le mot de bienvenue de Stéphane Gori, président de l’Uneep, la branche provençale de l’Aneefel, l’organisation des producteurs-expéditeurs en fruits et légumes. Ce temps fort a révélé un point de bascule, entre la prise de conscience au plus haut niveau de l’État des difficultés des entreprises – dont certaines chiffrées méthodiquement par l’administration – et des propositions de solutions pour dégager un horizon des plus incertains. Si beaucoup d’interrogations restent en suspens, des réponses sous forme de soutiens aux investissements doivent s’enclencher dans les mois à venir, grâce à certains dispositifs d’aides de France 2030 et plus spécifiquement du Plan de souveraineté doté de 200 M€ en filière fruits et légumes, rien que sur 2023 (voir notre actualité en date du 3 mars), qu’ont longuement détaillé Aurélie de la Noue et Ludovic Spengler, représentants du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. « L’année 2023 sera décisive pour le maintien de nombreuses entreprises de production et d’expédition. Ce plan est indispensable. Nous sommes un régulateur de flux sur les marchés. Nourrir, investir, recruter et transmettre seront le fil conducteur des mois à venir », a annoncé Bernard Gérin, président de l’Aneefel, fédérant une centaine d’entreprises.

    © végétable

    Lors des deux tables rondes de la matinée, les adhérents sont revenus sur les derniers mois particulièrement éprouvants, entre la suppression de certaines substances actives, qui a entraîné des tensions dans les approvisionnements, les hausses de coûts de production, de l’énergie, des emballages, etc. qui pénalisent l’ensemble de la filière sur les marchés mondiaux… et les réponses possibles des opérateurs : ajustement de l’offre, structuration marché au plus près des besoins, plans promo réactifs, développement de partenariats, mutualisation du transport, comme ce qui est réalisé au niveau de l’Actium-Grand marché de Provence, soit faire évoluer demain certains modèles (à quand la massification totale et le transport décarboné ?). Pourtant, dans cette succession de crises entre embargos, Brexit, Covid, climat et énergie, « notre secteur a toujours démontré sa bonne résilience en Europe et a un rôle essentiel à jouer, dans l’accroissement de la consommation ou la séquestration carbone », rappelle Philippe Binard, délégué général de Freshfel Europe, qui appelle de ses vœux à une meilleure cohérence entre les politiques européennes. « La durabilité fait partie de la réalité : on se plaint du changement climatique, alors c’est là qu’il faut agir, notamment sur la gouvernance, en poussant à homogénéiser les méthodes de calcul et d’affichage environnementaux. » Concernant la loi Agec et l’annulation de l’article 77 suite à l’arrêt du Conseil d’état le 9 décembre dernier, un nouveau projet de règlement européen est en âpre discussion, avec une échéance législative à 2024.

    Ludovic Spengler et Aurélien De la Noue, représentants du mMinistère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. © végétable

    Les expéditeurs veulent également développer l’emploi et les compétences. L’Aneefel a notamment signé une convention pour l’emploi visant « la promotion de l’ensemble de nos métiers du commerce agricole, en lien avec la FC2A* », indique Régis Louthellier, en charge de cette commission. Elle démarre un travail de fond avec l’Apec (Association pour l’emploi des cadres) pour déployer une marque employeur de branche, « visant à parler plus et mieux de la diversité des emplois dans notre filière, ce qu’ils recouvrent ». « Vous avez des difficultés à recruter, nous avons la méthode, que ce soit pour des emplois de cadres ou non-cadres », a appuyé Cécile Ravier, consultante RH de l’Apec, évoquant une démarche inspirante mise en place avec le secteur du transport. Cette année voit aussi le lancement d’une « commission jeunes », pour accompagner la reprise-transmission et mieux répondre aux besoins spécifiques des jeunes chefs d’entreprises et cadres dirigeants. En parallèle, le projet Fel’compet conduit par le CTIFL, auquel est associé l’Aneefel, devra permettre de dresser une cartographie des besoins en compétences dans la filière et des formations nécessaires.

    Les représentantes de la commission « jeunes » : Camille Elgoët (Saveurs du bout du monde), Mathilde Chambe (Chambe Agri-Fruits) et Léa Gérin (Gérin et Fils). © végétable

    À noter enfin que, sous l’impulsion de l’Aneefel, un comité régional Interfel en région sud voit le jour en 2023, présidé par Sabine Alary, vice-présidente de l’Aneefel. Un délégué général est attendu pour début avril, afin de construire une feuille de route avec une ambition première : « faire en sorte que les populations consomment davantage de fruits et légumes ». « Je salue la nomination de Sabine Alary dans ce nouveau comité. Et j’ai un rêve : que l’ensemble de la filière puisse répondre à un appel à manifestation d’intérêt qui aurait pour titre “l’adaptation du verger provençal face au changement climatique”. Ce projet-ci va avoir besoin d’être porté par toutes les filières du territoire », aexprimé Georgia Lambertin, présidente de la chambre d’agriculture du Vaucluse. L’occasion en est toute trouvée.

    * Fédération du commerce agricole et agroalimentaire.

    Une partie des familles interprofessionnelles réunies au sein du nouveau Comité régional Interfel région Sud. © végétable