Afterres 2050 : une nouvelle trajectoire

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    Solagro a actualisé son scénario Afterres 2050 et propose des trajectoires chiffrées pour atteindre les objectifs climatiques, alimentaires et énergétiques, afin d’éclairer le débat public sur les enjeux complexes de l’usage des terres.

    À l’occasion de son Université Afterres 2050, Solagro a publié une nouvelle version de son scénario de prospective à l’horizon 2050, dans l’objectif d’alimenter le débat public et de pointer les limites du système. Ce scénario porte sur l’usage des terres, qu’elles soient couvertes de forêts, de villes, de cultures, et de la biomasse qu’elles produisent, à l’échelle de la France métropolitaine.

    « Il s’agit d’une prospective chiffrée et centrée sur un futur souhaitable, tenant compte des planchers sociaux et des plafonds écologiques pour la planète, avec un ajustement progressif et itératif de l’offre et de la demande », a rappelé Sylvain Doublet, responsable agronomie climat bioressource chez Solagro.

    « L’objectif principal de ces travaux est d’arbitrer entre les usages de la biomasse (alimentation humaine et animale, fibres, énergie, vie du sol), en ayant pour cibles en 2050 de nourrir 70 millions de Français tout en continuant à exporter, d’atteindre la neutralité carbone, de réduire massivement l’usage des pesticides et de doubler la biomasse-énergie produite. Le tout en améliorant la résilience climatique du secteur agricole et en maintenant 100 % des masses d’eau en bon état. »

    Réduire la dépendance de notre système agricole français

    Selon les études et projections réalisées par Solagro, ceci passe, entre autres, par une modification des régimes alimentaires – vers moins de protéines animales –, une réduction de l’artificialisation des sols, une extensification des élevages, une massification de l’agriculture biologique (prenant en compte les changements impliqués par des rendements plus faibles en bio) et une généralisation de la méthanisation durable sur les territoires.

    D’après Christian Couturier, directeur de Solagro, un tel scénario pourrait atteindre voire dépasser les objectifs fixés, mais aussi réduire la dépendance de notre système agricole français, notamment aux importations d’engrais azotés, de gaz fossile et autres produits pétroliers, et de soja pour ce qui concerne le secteur de l’élevage. « L’autonomie commence au niveau de la parcelle, en généralisant l’agroécologie, en développant des cultures de légumineuses », a-t-il rappelé.

    Globalement, « ce scénario contribuerait à réduire le chiffre d’affaires du secteur agricole », reconnaît le chercheur. « Mais avec des consommations intermédiaires fortement réduites, elles aussi, cela augmenterait donc fortement la valeur ajoutée, et in fine la rémunération des actifs agricoles. » Par ailleurs, les coûts cachés de notre système alimentaire, incluant les impacts sur l’environnement et la santé publique, s’élèveraient à 170 Md€ en France, soit près de 1 € de coût caché pour 1 € de dépense alimentaire.

    À ce sujet, Christian Couturier a pointé la vulnérabilité de la vigne, fortement impactée par le changement climatique, encore très dépendante des pesticides et avec un impact fort sur la santé publique (avec 41 000 décès directement attribuables à l’alcool chaque année). « Il faudrait rendre cohérents les financements publics et les conditionnaliser à des critères sociaux et environnementaux, mais aussi aux recommandations du PNNS. »

    Une perspective qui ne réjouira sans doute pas le secteur viticole, mais qui pourrait être un levier providentiel pour les professionnels du secteur fruits et légumes frais, dans leurs demandes d’autorisation de stockage d’eau ou de financement de dispositifs de protection contre les aléas climatiques… pour ne citer que ces deux exemples.