Aneefel : soutenir la production et réinventer le commerce des fruits et légumes

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    Entre pression réglementaire, soutien à la production et mutation du commerce, l’Aneefel appelle ses adhérents à repenser la valeur au sein de la filière.

    Olivier Dauvers a insisté sur la convergence d’intérêts entre producteurs et distributeurs. © végétable

    Réunis à Tain-L’Hermitage (26), les quelque 80 adhérents de l’Aneefel (Association nationale des expéditeurs et exportateurs de fruits et légumes), venus de toute la France, se sont retrouvés les 19 et 20 mars pour débattre sur les sujets d’actualité des métiers de l’expédition et de l’exportation, sur leurs attentes vis-à-vis des pouvoirs publics ou encore de leurs inquiétudes dans le contexte international.

    Bernard Gérin, président de l’association a rappelé : « Ce métier est un maillon stratégique dans la filière. Nous sommes le tendon entre la production et la distribution. Nous créons la segmentation et essayons de réguler des marchés. »

    Simplification et souveraineté alimentaire

    Les échanges ont notamment mis en avant une attente forte de simplification administrative, jugée indispensable pour « booster l’économie et pérenniser nos entreprises ». L’Aneefel a entendu « saisir la main tendue du ministère de l’Agriculture et lister les principaux irritants réglementaires », selon Valérie Avril, sa directrice. À travers les interventions de la matinée, dont Daniel Sauvaitre, les professionnels de la filière ont défendu leurs actions en faveur de la souveraineté alimentaire, qui doit pleinement intégrer leur rôle de premier maillon après la production, « avec des règles harmonisées à l’échelle européenne ».

    Bernard Gérin a également souligné la montée en puissance de la commission jeunes au sein de l’association, initiée en 2023 et aujourd’hui constituée de 17 membres, reflet d’un secteur qui continue d’attirer et qui pousse la profession à se projeter. Mathilde Chambe, membre référente de cette commission, a pris la parole pour évoquer les grands enjeux du métier d’expéditeur. Elle a notamment alerté sur la situation de la production, confrontée à une accumulation de contraintes et à une hausse des coûts, rappelant que « sans producteur, il n’y a pas de filière ».

    Elle a ainsi souligné l’évolution du rôle des expéditeurs, appelés à s’engager davantage pour soutenir et défendre la production française, certains s’impliquant déjà directement via des projets de production. C’est ensuite la question de la valorisation des produits qui a été posée : au-delà du prix, c’est aussi leur mode de présentation et de consommation qui doit être repensé pour mieux refléter leur valeur auprès des consommateurs.

    Commerce en mutation

    Pour ouvrir les débats, Olivier Dauvers, expert en grande distribution, a dressé un panorama sans concession des mutations du commerce. Dans un contexte de consommation « à l’arrêt », de guerre des prix et de montée du discount, le prix s’impose comme principal repère pour des consommateurs en quête de valeur. « Le commerce aujourd’hui, c’est le prix bas » a-t-il résumé, sur fond de « big bang commercial » marqué par la fragilisation des enseignes et la recomposition des modèles.

    Il a insisté sur la convergence d’intérêts entre producteurs et distributeurs, appelés à mieux travailler ensemble le consentement à payer. « Au-delà du prix, ce qui compte pour le client est la valeur des euros dépensés », a précisé Olivier Dauvers. Labels, origine ou spécialisation de magasins peuvent ainsi jouer un rôle clé… L’expert a donc porté le message de « ne pas se tromper d’adversaire. Ce n’est pas le distributeur mais le consommateur qu’il faut convaincre. L’intérêt du commerçant et des producteurs sont parfaitement alignés. Il faut juste savoir les conjuguer ».

    Ensuite, Jean-Dominique Seval, expert en IA, a projeté la filière fruits et légumes dans un avenir où l’IA sera au cœur des mutations de notre société avec l’utilisation des données, la robotique et le développement du e-commerce. « L’IA ne remplacera pas vos métiers, elle changera en profondeur la façon dont vous le faites », a objectivé l’expert. Fort de quatre ans d’observation en Chine, aux magasins ultra modernes et high-tech, il a jugé « archaïque » le réseau français de la grande distribution.