2044 : « l’énergie savoureuse solidaire » pour Demain la Terre ?

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    « Visionnaires il y a vingt ans », les entrepreneurs de cette démarche labellisée comptent bien « rester précurseurs » dans une vision à long terme, engageante et singulière, pour « expérimenter collectivement l’agriculture de devenir ».

    Demain la Terre 20 ans
    Les fondateurs de la démarche : Christian Letierce (Planète Végétal), Robert Franchineau (Val de Sérigny), Geoffroy Cormorèche (Cormorèche), Joseph Socheleau (La Blottière), Henri Bouillot (Soliance Alimentaire, ex-Triesse). Il manque Sylvie Cathelain, présidente de Fruits rouges & Co, absente. © végétable

    170 participants – dirigeants et salariés des entreprises membres de Demain la Terre, clients, partenaires – se sont mobilisés à l’occasion de la célébration des 20 ans de la démarche éponyme, lors d’une journée et demie de travaux les 3 et 4 juin dans un « lieu agréable et propice à la réflexion » – un des centres de congrès du Crédit mutuel au Sud de Paris, « partenaire bancaire » qui accompagne la démarche depuis l’origine en 2004. L’enjeu : nourrir la vision et la raison d’être, débattre des évolutions et des critères de demain de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises), son président Geoffroy Cormorèche rappelant au passage que le « E » de cet acronyme renvoie à l’« entreprise », c’est-à-dire la responsabilité, l’engagement, la transparence, la transmission.

    « 8 à 10 % de la production française »

    Après vingt ans, comment ces entrepreneurs se projettent-ils encore ? Ils ambitionnent de « grandir avec de nouveaux produits et des volumes, pour atteindre 8 à 10 % de la production française », a proclamé Arnaud Le Gualès, son directeur (NDLR : contre 2 % à ce jour, environ 220 000 t de fruits et légumes). Au-delà des 70 critères de progrès, socles du référentiel, l’association mise sur un renforcement et une clarification des piliers concernant l’humain, le concept de coopération et la décarbonation, « une demande forte » des entreprises. Dans un exercice de prospective aussi enthousiaste que revigorant, le président du comité de contrôle de la démarche, Bruno Parmentier, a imaginé que les entreprises de Demain la Terre auront su dépasser les défis et tumultes du monde de 2024, en défrichant des sujets jusque-là hors des radars. Pensez : en 2027, elles auront su trouver des solutions techniques et technologiques pour produire (presque) sans eau, au Maroc, en Espagne… ou dans les Pyrénées-Orientales. En 2030, elles auront lancé avec leur partenaire de la « troisième voie » Bleu-Blanc-Cœur la démarche « carotte au bœuf et non plus bœuf-carottes », pour (re)donner toutes ses lettres de noblesse au végétal avec cinq fois moins de gaz à effet de serre, en lien avec des distributeurs et restaurateurs engagés vers la neutralité carbone. C’est ainsi qu’en 2032, elles auront franchi la barre du million de tonnes de fruits et légumes commercialisés sous le label Demain la Terre, avec 100 entreprises fédérées. Mais surtout, en 2036, la RSE deviendra l’« énergie savoureuse solidaire » (ESASO en guise de nouvel acronyme). À cette date, « la majorité des serres et locaux industriels auront achevé leur décarbonation, nous n’achèterons plus notre énergie, nous en vendrons », dans une vision d’économie circulaire, « en créant dans des cercles de 10 à 15 km alentour des coopératives très conviviales de partage d’énergie ESASO ». 

    Coconstruire et coopérer

    Les débats avec les distributeurs présents (Lidl et Coopérative U) et les membres de Demain la Terre ont convergé, en tout cas, sur la nécessité d’embrasser une dimension totale, systémique, avec un surobjectif climatique. « Il faut le voir comme une opportunité pour approfondir les relations partenariales, discuter d’autre chose que du prix », a invité Marianne Naudin, cheffe de projets RSE/achats chez Lidl. Car le spécialiste du climat François Gemenne, membre du Giec, a démontré avec force pédagogie pourquoi les entreprises devront prendre des « mesures transformatrices » dans la durée pour tenter d’enrayer le réchauffement climatique, en passe de bouleverser les grands équilibres sociaux, économiques et politiques du XXIe siècle, et proposé des leviers d’action aux agriculteurs, « qui sont les principaux gardiens de la terre ». Il croit notamment au « pouvoir des minorités » et aux projets : « Chaque innovation technologique, sociale, a le potentiel de transformer une série de pratiques à une échelle plus grande qu’imaginée au départ. »

    Quant à l’art de la « coopération », le chef d’orchestre Michel Podolak en a donné une vision inspirante, images et exercices en plénière à l’appui, invitant au soin de la relation, à s’affranchir de la verticalité des décisions, archétype de « l’ancien monde ». Pour y parvenir : s’écouter vraiment pour se relier à l’autre, ne pas chercher à imposer mais plutôt favoriser la prise d’initiatives et de responsabilités, partager un récit commun. C’est ce qui donne le sens, une direction commune.

    Retrouvez notre article de synthèse dans un angle de rétrospective dans notre édition de juin 2024, en vente ici.

    © végétable