À l’occasion de ses 70 ans, l’Acta, réseau des instituts techniques agricoles, a présenté les résultats d’une enquête nationale sur les pratiques d’information des agriculteurs nouvellement installés.

Plutôt que de regarder dans le rétroviseur pour célébrer ses sept décennies d’existence, l’Acta a choisi de se projeter vers l’avenir. Réuni le 3 juin à Paris pour son assemblée générale, le réseau des instituts techniques agricoles a dévoilé une enquête consacrée aux agriculteurs installés depuis cinq ans ou moins. « Le renouvellement des générations agricoles n’est pas seulement un enjeu démographique. C’est aussi un renouvellement des pratiques, des attentes, des imaginaires et des façons de décider », a introduit Mehdi Sine, directeur de l’Acta, en ouverture de la conférence-débat « Nouveaux agriculteurs, nouvelles pratiques, nouveaux repères ». Réalisée par Ipsos BVA auprès de 307 agriculteurs récemment installés, l’étude vise à mieux comprendre les profils, les pratiques et les besoins d’accompagnement de cette nouvelle génération. Les résultats ont été présentés par Damien Barnier, directeur du département agriculture d’Ipsos, puis mis en perspective par plusieurs jeunes installés aux parcours variés.
Une nouvelle génération aux parcours multiples
Le renouvellement agricole ne se résume pas aux seuls héritiers. Si 53 % des nouveaux installés sont issus de familles agricoles, 35 % proviennent de milieux ruraux non agricoles et 10 % sont des personnes en reconversion professionnelle. Plus d’un tiers n’ont d’ailleurs pas de formation agricole initiale.
Les nouveaux installés se distinguent également par leur recherche de valeur ajoutée. Près de la moitié d’entre eux (47 %) valorisent leurs productions via un signe de qualité et 36 % ont développé une activité de diversification, comme la vente directe, l’accueil à la ferme ou la transformation. Un sur trois déclare également conduire son exploitation en agriculture biologique.
Autre fait marquant : leur rapport à l’avenir. 32 % des nouveaux installés se déclarent optimistes et seulement 36 % pessimistes dans le contexte actuel.
Connectés, mais en manque de repères
Cette génération est fortement connectée mais reste insatisfaite de l’information disponible pour piloter son exploitation. Près des trois quarts des répondants utilisent des supports numériques pour s’informer et un sur deux a recours aux réseaux sociaux. Facebook arrive largement en tête. L’intelligence artificielle commence également à faire son apparition : 10 % des répondants déclarent déjà l’utiliser.
Pour autant, seuls 9 % se déclarent très satisfaits de l’information qu’ils reçoivent. Les agriculteurs interrogés regrettent principalement un manque de personnalisation, des contenus jugés trop généraux et parfois difficilement applicables à leur situation.
Installé en 2023 sur l’exploitation familiale en Côte-d’Or, Jean-David Chevallier illustre cette évolution des pratiques. Le polyculteur-éleveur explique avoir découvert l’agriculture de conservation des sols grâce à des tutoriels en ligne. Il a également fait le choix d’un conseil indépendant. « Je suis prêt à payer pour avoir de l’information, être bien conseillé et rester autonome dans ma prise de décision » témoigne-t-il. Une attente partagée puisque près d’un nouvel installé sur deux se dit prêt à investir dans une information de qualité.
Des attentes fortes en matière de formation
Si les outils numériques occupent une place croissante, ils ne remplacent pas le besoin d’accompagnement. L’enquête révèle ainsi un fort intérêt pour la formation continue : 92 % des répondants la jugent importante et 82 % se déclarent intéressés par des formations proposées par les instituts techniques.
Les besoins exprimés portent d’abord sur le perfectionnement technique, notamment la gestion des sols. Mais d’autres attentes émergent. Éleveuse de poules pondeuses en Seine-et-Marne, Géraldine Marichal, installée après onze années passées dans le secteur bancaire, regrette le manque de formations consacrées au pilotage de l’entreprise agricole. « On n’est pas assez accompagné sur la gestion en autonomie », estime-t-elle, citant notamment les questions de ressources humaines, d’organisation du travail ou de gestion des conflits entre associés.
Face aux risques climatiques, sanitaires et économiques, les nouveaux installés cherchent avant tout des solutions concrètes pour sécuriser leurs décisions. Dans cette perspective, l’agroécologie apparaît comme l’innovation la plus porteuse d’espoir à leurs yeux, loin devant l’intelligence artificielle ou la robotique. Un signal qui confirme que, pour cette nouvelle génération, le numérique constitue davantage un outil au service de la décision qu’une finalité en soi.










