La 62e édition du Salon international de l’agriculture s’est clôturée début mars, dans un contexte sanitaire et humain particulièrement difficile.

L’événement de fin février, porte de Versailles, est le rendez-vous incontournable où tous les agriculteurs et toutes les agricultures se rassemblent entre tradition et modernité, en lien direct avec les Français. Cependant, en raison de la situation liée à la dermatose nodulaire contagieuse, les associations de races bovines ont choisi de ne pas présenter d’animaux au Salon international de l’agriculture. Leur absence a profondément marqué les esprits et la tenue de ce salon.
Des allées plus fluides et pour cause : une diminution de 28 % du nombre de visiteurs a été relevée sur les dix jours. Les organisateurs soulignent que le calendrier des vacances scolaires, avec les trois zones simultanément en congé, a pu peser sur la fréquentation du premier week-end. Un contexte encore accentué par les intempéries dans plusieurs régions, qui ont pu freiner les déplacements familiaux.
Avec le lancement du slogan « venir c’est soutenir », les organisateurs ont tenté d’insuffler un élan collectif : « Un salon du vivant, on le choisit et parfois on le subit. Ce qui est important est le rebond », a confié Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca (Centre national des expositions et concours agricoles).
Un salon reconfiguré
À cette équation s’ajoutent les travaux du parc des expositions, avec la démolition des halls 2 et 3 qui a obligé les organisateurs à revoir la configuration du salon. « Il a fallu s’adapter, sans renoncer à l’ADN du salon », a expliqué Jérôme Despey, président du SIA. Les traditionnelles visites politiques ont toutefois bien eu lieu. En revanche, pour marquer son opposition aux mesures d’abatage total des troupeaux, la Confédération paysanne a boycotté l’inauguration du salon en présence d’Emmanuel Macron.
« Dans un contexte contraint, des opportunités ont été créées », avait annoncé Valérie Leroy, directrice du SIA, avant son ouverture. La nouvelle organisation des pavillons a favorisé l’émergence de formats différents, comme l’espace Agri’culture. Cinéma, librairie, kiosque à musique et cabinet de curiosités étaient à disposition des visiteurs au pavillon 2, avec en temps fort le prix littéraire SIA Agri’cultura.
Venir au salon, c’était aussi voyager : pays à l’honneur, la Côte d’Ivoire a déployé un stand de plus de 500 m². Premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le pays a mis en lumière le caoutchouc naturel, le riz, la banane et d’autres productions emblématiques, illustrant la diversité et le dynamisme de son agriculture.
De riches échanges professionnels
En parallèle, la 3e édition du Sia’Pro, organisée au pavillon 5, a réuni une quarantaine d’exposants (un nombre en recul) dans une atmosphère plus isolée. Les trois jours de rencontres B2B, autour du forum et du Café des agris, ont néanmoins attiré de nombreux professionnels: 1 300 participants et 100 intervenants aux conférences.
Le programme de conférences a rythmé les journées en abordant les grands enjeux du secteur : installation et transmission, changement climatique, souveraineté et résilience alimentaires, préservation des ressources ou encore volatilité des marchés. Ces témoignages ont mis en avant les nombreuses solutions déjà à l’œuvre sur les territoires et au sein des entreprises agricoles pour faire face aux défis actuels et prochains. Au cours de cette édition du Sia’Pro, le 1er Observatoire des tendances de l’innovation agricole a été présenté, apportant une vision éclairée des dynamiques et des modèles à l’œuvre sur le terrain.
Dans ce contexte inédit, la filière fruits et légumes n’a pas perdu son élan. Entre célébration des 50 ans d’Interfel, partenariats et initiatives interfilières, elle a affiché sa capacité à fédérer et à se projeter. Elle semble résolument tournée vers l’action, l’adaptation et l’innovation. Cette édition singulière, sous le thème des « générations solutions », marquée par l’absence des bovins mais riche en initiatives, pourrait bien constituer un tournant. L’occasion pour le SIA, contraint de s’adapter, d’amorcer une évolution de son format ? Réponse à la prochaine édition, en 2027.
















