Prince de Bretagne sur la voie de la décarbonation

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    Prince de Bretagne, engagé dans la transition énergétique, a pris l’initiative de réaliser le bilan carbone des activités légumières de ses maraîchers. Des groupes de travail composés de producteurs se penchent sur le sujet du stockage du carbone dans le sol, pressenti comme une solution d’avenir.

    maraîchage
    © Prince de Bretagne – L’Œil de Paco

    L’agriculture représente 18 % des émissions de GES (gaz à effet de serre) en France, dont 1 % liées à la production des fruits et légumes (source CTIFL). Pour répondre aux objectifs de réduction de 22 % des émissions de GES à horizon 2030 fixés par la Stratégie nationale bas carbone du gouvernement, l’agriculture dispose de deux leviers : réduire ses émissions de gaz à effet de serre et/ou augmenter le stockage de carbone dans les sols.

    Il n’existe pas, à ce jour, de méthode de calcul du bilan carbone labellisée bas-carbone pour la filière fruits et légumes, contrairement au secteur de l’élevage. Afin d’anticiper une future labellisation, le Cerafel Prince de Bretagne s’est saisi de l’outil de calcul développé par le CTIFL pour l’expérimenter auprès de trois exploitations maraîchères (en cultures sous abri conventionnel, en cultures de plein champ conventionnel et en plein champ bio*).

    Cette méthode mesure à la fois l’énergie consommée, les intrants, les infrastructures, les engins et outils agricoles, le déplacement de la main d’œuvre et le potentiel de stockage des parcelles. Cette première expérimentation a montré qu’il existe assez peu de marge de progrès pour réduire l’impact environnemental du maraîchage. Les couverts végétaux et les rotations de cultures sont des pratiques déjà généralisées chez les maraîchers.

    « Quelques mesures complémentaires telles que la plantation de haies, l’installation de panneaux photovoltaïques, la réduction encore plus importante des engrais minéraux ne permettront pas d’atteindre les 22 % demandés par le gouvernement d’ici 2030 », a constaté Marc Kerangueven, président de Prince de Bretagne.

    Le stockage du carbone dans le sol : un levier pour le plein champ

    Un levier plus intéressant pour les maraîchers se joue au niveau du stockage de carbone dans le sol grâce à l’augmentation de la matière organique. En effet, « chaque hectare qui passe de 2 à 3 % de matière organique permet de stocker 20 à 30 tonnes de carbone supplémentaires par hectare et est donc un levier très conséquent ». En parallèle et sous l’impulsion de Prince de Bretagne, le CTIFL travaille actuellement sur la quantification du carbone stocké lorsque les plants sont broyés et restitués au sol en fin de récolte.

    Fort de ce constat, un groupe pilote de maraîchers Prince de Bretagne s’est d’ores et déjà positionné pour participer au projet Émergence financé par la Draaf et porté par la Chambre d’agriculture de Bretagne. Ce programme accompagne les maraîchers sur la question de l’approvisionnement en matière organique et du stockage de carbone dans le sol.  

    «Naturellement, les sols s’appauvrissent en matière organique. Les engrais verts composés de légumineuses et les apports de matière organique jouent donc un rôle primordial. D’autant plus qu’un sol riche en matière organique garde mieux la ressource en eau et crée un meilleur habitat pour la biodiversité. C’est donc avec attention que nous étudions ce sujet et prenons toute notre responsabilité dans la lutte contre le réchauffement climatique », a déclaré Marc Kerangueven.

    Jean-Philippe Lesné, maraîcher bio, en lice vers la neutralité carbone de son exploitation

    Le groupe de travail Cerafel Prince de Bretagne s’est également intéressé à la particularité des sols en agriculture biologique. À titre d’exemple, le bilan carbone annuel de l’exploitation bio de Jean-Philippe Lesné (80 ha en Ille-et-Vilaine) est équivalent à celui de 28 Français, alors qu’il en nourrit 5 876 par an avec sa production légumière (sur la base de 400 g de légumes consommés par personne et par jour).

    Une analyse en taux de matière organique a été effectuée dans ses champs. « Il atteint le très bon taux de 3 % de matière organique sur les 70 hectares de terres qu’il a héritées de son père et de son grand-père. Il a acheté récemment 10 ha mesurés à 2 % de matière organique. Le bilan carbone de cette exploitation a montré qu’en faisant progresser le taux de matière organique à 3 % sur ces 10 ha, l’empreinte carbone pourrait être encore réduite. Et le producteur pourrait même revendre quelques crédits carbone. »

    Le maraîchage sous abris engagé pour améliorer son bilan carbone

    Pour son activité sous abris, Prince de Bretagne s’appuie désormais sur Charlène Richard Breyne, recrutée depuis le début de l’année pour coordonner les projets autour des questions énergétiques pour les différentes entités de l’organisation de producteurs. 

    « Ma mission est de renforcer les actions de sobriété énergétique et d’accompagner la transition des serres vers les énergies décarbonées, dans l’objectif de réduire nos émissions de GES. Nous travaillons aussi sur le stockage carbone dans le sol par le compostage des plants, des substrats et des résidus de culture », a-t-elle expliqué. « La crise énergétique nous oblige à accélérer. Pour autant, il y a une vraie volonté des maraîchers à participer à la transition au niveau régional. »

    L’objectif des travaux menés avec le CTIFL est d’aboutir à une méthode de calcul labellisée bas carbone, qui permettra de certifier la feuille de route des maraîchers et de chiffrer la réduction de leurs émissions sur une période donnée.

    champ de poireaux
    © Prince de Bretagne – L’Œil de Paco