Peut-on encore réduire l’utilisation des pesticides dans les vergers ?

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    La journée de rencontres chercheurs-professionnels sur le thème « Quelles stratégies pour sortie des pesticides en arboriculture », organisée le jeudi 30 novembre en duplex à Angers et Avignon par l’Inrae, le CTIFL et le GIS-Fruits, a rassemblé près de 200 participants.

    Marianne Naudin (Lidl), Rémi Bauduin (IFPC), Philippe Blouin (Materne – groupe Bel), Pascal Pineau (Pom’évasion), Delphine Taillez (Aprifel), Marie-Hélène Jeuffroy (Inrae). © végétable

    Comment réduire l’utilisation des pesticides dans les vergers ? Si l’objectif est partagé par tous, les perspectives à long terme des scientifiques se sont heurtées à l’inquiétude et impatience des producteurs. Pendant cette journée, les experts du monde de la recherche et de la profession arboricole, présents sur deux sites de recherches spécialisés sur les espèces fruitières emblématiques de leur région (Angers et Avignon), ont exposé les avancées de la recherche, à travers des exemples concrets d’essais innovants.

    Les expérimentations récentes dans le cadre du projet Cap zéro phyto ont notamment montré en conditions de laboratoire que la combinaison de différents leviers (génétique, diète azotée, stimulateurs de défense des plantes) permet une synergie d’actions. Par exemple, l’application de flash-UVC sur des plantes de service aide à accroître leur production de COV (composés organiques volatils), qui eux-mêmes perturbent d’autant plus le comportement du puceron cendré et de sa fécondité. « Le challenge est maintenant de valider ce potentiel en conditions réelles en verger », ont précisé les chercheurs de l’Inrae.

    « On est encore loin de la sortie des pesticides»

    Baptiste Labeyrie, ingénieur du CTIFL, a ensuite fait un bilan des observations sur 15 groupes de fermes en arboriculture du réseau Dephy. « Les résultats montrent une diminution significative des IFT* sur la période, avec une bonne représentation des bassins de production en France, puisque 145 systèmes de culture et de nombreuses espèces ont été suivis (pommes, noix, clémentines, olives). On observe -30 % d’insecticides et -30 % de fongicides. »

    Dans le même temps, l’IFT des produits de biocontrôle, alternative attendue à la réduction des solutions chimiques, a progressé de 5 à 6,5 (traitements par an). « Pour autant, on est encore loin de la sortie des pesticides, avec encore 10 applications par an aujourd’hui en moyenne », a pointé Baptiste Labeyrie.  « Et malgré une forte baisse des IFT, les quantités de matières actives n’ont pas forcément diminué, et l’usage du soufre progresse. »

    Ces avancées au niveau technique doivent désormais être corrélées à l’analyse économique (évolution du chiffre d’affaires et marge par espèce). « Les extrapolations sont difficiles car les systèmes et les itinéraires techniques se sont complexifiés. »

    Pour les professionnels présents dans la salle, la sortie des pesticides apparaît très compliquée en culture pérenne, d’autant plus dans le contexte économique et climatique très incertain du moment. « L’urgence est de trouver des solutions face aux ravageurs émergents », a alerté Françoise Roch, présidente de la FNPF (Fédération nationale des producteurs de fruits). La communauté des chercheurs s’est affirmée sensible au lien entre la recherche et la production.

    Des réponses systémiques et économiquement viables

    « Nous sommes vraiment conscients de vos difficultés. Le projet Cap zéro phyto est un bon exemple de co-conception d’approche », a répondu François Laurens, président du GIS-Fruits et du comité scientifique du CTIFL. « Nous avons besoin de recherche fondamentale pour mieux comprendre les matrices biologiques hypercomplexes, mais il nous faut des réponses systémiques et économiquement viables » a résumé Pascal Pineau, producteur de pommes et poires sur 240 ha en Anjou.

    La journée s’est terminée par une table ronde réunissant les différents maillons de la filière, exprimant chacun leur vision des enjeux prioritaires. Pour Pascal Pineau, il est primordial de « développer la biodiversité et les mécanismes de régulation naturelle, mais aussi d’adapter les pratiques aux forts impacts du changement climatique ».

    À l’autre bout de la chaîne, « le consommateur, attaché au prix et à la proximité de ses achats, est préoccupé par l’impact du changement climatique sur l’accessibilité de l’offre de fruits et légumes, en matière de prix et de volumes disponibles », a rappelé Delphine Taillez, directrice d’Aprifel. « Aujourd’hui moins de 50 % des Français sont inquiets vis-à-vis des pesticides. La confiance est là globalement et notre priorité est de faire progresser la consommation de fruits et légumes frais, qu’ils soient bio ou non, beaux ou moches. »

    * Indicateurs de fréquence de traitements phytosanitaires