L’Ademe dévoile ses scénarios pour atteindre la neutralité carbone

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    Au lendemain de la Cop 26 et quelques mois après la publication du dernier rapport du Giec, l’Ademe a présenté son étude prospective pour aider les décideurs à agir face à l’urgence climatique.

    Parmi les quatre scénarios explorés par l’Ademe, après de deux années de travail mobilisant plus d’une centaine d’experts internes et externes et d’un comité scientifique, deux scénarios seulement permettraient d’atteindre le graal de façon plus sûre, à savoir les objectifs de neutralité carbone en 2050 pour la France : « S1 : génération frugale » et « S2 : coopérations territoriales ». Mais ces actions sont les plus en rupture par rapport à l’existant et nos modes de vie, donc les plus risqués, difficiles à mettre en œuvre. Telle est la dure réalité annoncée par l’Ademe en conférence de presse le 30 novembre dernier à Paris. Un exercice de prospective « inédit » pour l’institut, qui l’a transcrit dans un rapport : « Transition(s) 2050. Choisir maintenant. Agir pour le climat »*. Deux autres scénarios explorent d’autres hypothèses : « S3 : Technologies vertes », « S4 : Pari réparateur ».

    Précisons que ce rapport ne sort pas du chapeau. Dans sa méthode, l’Ademe s’est appuyée sur la traduction de la neutralité carbone qui est faite dans la loi énergie-climat de 2019, qui suppose que les émissions annuelles en 2050 soient au moins compensées par un flux égal d’absorption des gaz à effet de serre. Elle s’est également inspirée des quatre scénarios du Giec avec cette « contrainte » de ne pas dépasser les 1,5 °C (rapport spécial de 2018), objectif climatique ambitieux.

    La méthode des scénarios trace donc quatre « chemins types, cohérents et contrastés », pour conduire la France vers la neutralité carbone en intégrant différentes données d’entrée : différents usages de la biomasse, eau d’irrigation, qualité de l’air, gestion des déchets, quantité de matériaux pour la rénovation et construction des bâtiments, évolutions des modes de vie… « Il est important de souligner que ces chemins possibles vers la transition vont amener de la décroissance ou de l’emploi supplémentaire. Les premiers enseignements sont positifs. Chaque scénario est tenu par une cohérence interne. On parle beaucoup de sobriété. C’est un des grands enseignements de cette étude prospective », souligne Arnaud Leroy, président-directeur général de l’Ademe. D’autres problématiques sont en débat, qui n’amènent pas de réponses toutes faites : jusqu’où s’appuyer sur les puits naturels de carbone (plantes, sols et produits) pour atteindre la neutralité, qu’est-ce qu’un régime alimentaire durable, une autre économie du bâtiment est-elle possible, la sobriété est-elle dommageable pour l’industrie française, dans une transition vers un nouveau modèle industriel ? Dans ces vraies questions de fond, une seule chose est certaine : atteindre la neutralité repose sur des « paris humains ou technologiques forts » et la nécessité « d’agir immédiatement car les transformations sociales et techniques à mener sont de grande ampleur », précise l’Ademe.

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