Forum économique breton : comment réconcilier agriculture bretonne et société

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    Pendant deux jours a eu lieu à Saint-Malo la 4e édition du Forum économique breton, séminaire de rentrée. De nombreuses conférences ont nourri les échanges entre le tissu économique breton, les grands groupes nationaux et les acteurs publics. Les sujets autour de l’agriculture, secteur majeur pour la région, y tenaient une belle place.

    Forum économique breton
    © végétable

    Partant du constat que le modèle agri-agro breton est décrié par certains, Serge Le Batz, président de la coopérative Eureden, reconnaît que le monde agricole a encore du travail à faire en matière de communication. Il rappelle que « beaucoup de progrès ont déjà été réalisés pour transformer l’agriculture, dont le grand public et les médias n’ont pas encore conscience, souvent par méconnaissance de ses métiers ».

    Arnaud Lécuyer, vice-président de la région Bretagne, en charge de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et l’Alimentation, semble assumer le rôle des politiques pour dépassionner le débat, refaire du lien entre producteurs et consommateurs et de remettre l’agriculture et l’alimentation à sa juste place dans le budget des ménages.

    Pour autant, il constate que le citoyen ne raisonne pas à la même échelle et dans le même pas de temps. « Une ferme de 100 vaches, ou de 100 ha, y compris en bio, c’est une ferme normale, et ce n’est pas contradictoire avec la performance environnementale, le bien-être animal ou les conditions sociales », explique le vice-président de Région.

    Une question de souveraineté alimentaire

    Serge Le Batz souligne que « l’agriculture, l’agroalimentaire et la distribution étaient en première ligne pendant la Covid. Ces secteurs de l’élevage, du lait et des légumes ont répondu présent, ont assumé leurs responsabilités quelles que soient les problématiques de climat ou d’acceptation sociale », avant de pointer le problème d’attractivité de l’agriculture bretonne.

    « Les conditions de travail sur les exploitations ont beaucoup évolué, néanmoins cela reste des métiers d’engagement et de passion. » La question du renouvellement des exploitants est cruciale pour prendre le relais de la transition agroécologique et assurer la souveraineté alimentaire.

    Résoudre une équation complexe

    Selon Dominique Schelcher, président-directeur général de Système U, la contractualisation est un bon levier pour sécuriser le système, en donnant de la visibilité aux producteurs pour garantir leurs investissements. La grande distribution y trouve son intérêt aussi, puisque « les clients fidèles sont les premiers servis en situation de déficit de l’offre »

    Car « on quitte un monde d’abondance pour un monde de rareté, comme ont montré les dernières pénuries d’huile, de moutarde, et bientôt de jus d’orange », prévient le distributeur, avant d’alerter sur la baisse des volumes consommés, conséquence de l’arbitrage du budget des ménages dans un contexte de baisse de pouvoir d’achat. « Ensemble, on doit résoudre l’équation complexe de l’origine, de la qualité et du prix pour que le bien manger soit accessible à tous, tout en garantissant un revenu pour les agriculteurs. »

    De l’importance de l’éducation alimentaire

    « La grande distribution a pris conscience du rôle de l’agriculture et de l’importance du juste prix pour le consommateur mais aussi pour la planète, pour la résilience des territoires, pour le revenu des agricultures », résume Sébastien Abis, directeur général du Club Demeter. « Il faut désormais faire prendre conscience aussi aux citoyens que l’inflation est une bonne nouvelle pour toutes ces raisons. Les consommateurs doivent accorder un prix à leurs valeurs. »

    « Quand les gens se parlent, à l’occasion des portes ouvertes sur les exploitations ou des journées nationales de l’agriculture, ça change tout, ils sont prêts à payer le juste prix », observe Dominique Schelcher.

    Et tous les intervenants conviennent de l’importance de l’éducation alimentaire, dans les programmes scolaires ou tout simplement à la cantine, dès le plus jeune âge pour ancrer ces réalités et réapprendre à cuisiner – entre autres – les choux-fleurs. « Cela nécessite une pédagogie gigantesque, mais c’est ce qui permettra à la Bretagne de relever le défi de concilier agriculture et société, et de rester un territoire de production », insiste Arnaud Lecuyer.

    Forum économique breton à Saint-Malo
    © végétable