Dix ans et des idées

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    L’opération d’embarquement vers la « capsule temporelle de l’alimentation » aura finalement eu raison des grèves. Une façon originale de préparer l’avenir de l’agroalimentaire.

    C’est finalement le 21 mars dernier, au lieu du 31 janvier prévu initialement, que les équipes dirigeantes d’une cinquantaine d’entreprises de l’alimentaire se sont réunies à Paris pour s’engager solennellement et collaborer dans un but commun : permettre aux Français de se nourrir durablement dans les années à venir (voir également notre dossier spécial consommation paru dans notre édition de janvier 2023). Entre pénuries de main d’œuvre et de matières premières, inflation, manque d’offre dans certains rayons… qu’aurons-nous dans nos supermarchés dans dix ans ? Telle est la question clé sur laquelle ont travaillé ces entreprises ces derniers mois. Elles ont déposé leurs projets, inspirations et engagements, dans une urne, ou plutôt capsule temporelle, puisqu’une à deux enveloppes par an pendant dix ans sera ouverte au fur et à mesure.

    Parmi elles, les 20 entreprises pionnières du groupe de réflexion porté par Pour nourrir demain* – parmi lesquels des entreprises de notre filière – ont projeté en une minute leurs ambitions à l’assemblée présente. « Dans un monde complexe, nous devrons mettre davantage en commun des savoir-faire, les partager sur nos territoires. Par exemple, nous avons mutualisé des palox avec d’autres entreprises, pourquoi pas demain une station de lavage partagée », a exprimé Stéphane Lehoux, directeur général de Saint-Mamet (groupe Agromousquetaires) dans le Gard. L’entreprise projette aussi de passer de 500 à 1 000 ha de vergers dédiés d’ici dix ans grâce à une politique volontariste de soutien à l’investissement, et ainsi augmenter la part d’auto-approvisionnement en origine France, pour l’instant de l’ordre de 60 %. Et de préciser : « Ceux qui auront la capacité demain à servir de la nourriture saine seront ceux qui maîtriseront les filières. » « Ce groupe d’échanges a été très profitable, il a permis de donner un coup à l’engagement des équipes en interne. C’est de cette collaboration que nous avons eu l’idée de mettre en place le CV inversé pour recruter des collaborateurs. Nous venons de lancer notre marque employeur “One coop” qui lui fait complètement écho », a témoigné Leïla Veillon, directrice communication et marketing du groupe Arterris. L’entreprise historique Cérébos (sel de table) rejoint certaines ambitions de la filière fruits et légumes : « À force de vouloir convaincre, nous avons vu que le consommateur est de plus en plus hermétique à nos messages. À l’instar de Candia qui vient de l’exprimer, nous décidons de nous atteler ces dix prochaines années à la transmission de la bonne nutrition dès le plus jeune âge, en réintroduisant des cours de cuisine à l’école », a affirmé Mérédith Sabatier, directrice marketing. Cette horizontalité prônée est aussi une tendance, comme pour la Maison Collet localisée à Roanne, qui vise à réduire ses impacts et revaloriser les produits en local. « Notre obsession sera d’accompagner les consommateurs et nos producteurs dans la transition alimentaire », a résumé Silvia Rama, chef de groupe marketing de la marque D’Aucy (coopérative Eureden). La soirée s’est poursuivie, agrémentée de « quizz » et de travaux artistiques d’inspiration libre pour matérialiser le futur à inventer.

    * Cellule de veille sur les tendances et innovations alimentaires en France et à l’international, cofondée par Marion Mashhady et Sylvain Zaffaroni, devenus experts du « mieux manger ».

    © végétable
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