« La filière melon est en crise »

    0
    984

    Les professionnels de la filière melon réunis au sein de l’AIM se sont retrouvés le 27 avril au Medfel, à Perpignan, pour délivrer les prévisions de plantations en melons de type charentais pour le Maroc, l’Espagne et la France. En 2022, elles sont annoncées en baisse dans tous les pays et bassins de production, dans un contexte défavorable.

    © DR

    La campagne 2022 n’a pas démarré avec un moral d’acier en filière melon. Car le marché devra composer sur la base d’un recul généralisé des surfaces plantées dans tous les bassins de production. Les causes pour cette année sont plurielles : arrêt d’opérateurs leaders, mauvaises conditions météo sur le début d’année, ayant surtout eu un impact en Espagne, contexte inflationniste des coûts de production (+ 30 % en moyenne, et ce avant la guerre russe contre l’Ukraine), concurrence particulière cette année avec les céréales dont les cours flambent, avec un double effet négatif (pression sur la location des terres).

    © Source des 3 schémas : enquête réalisée par l’AIM, avec le concours des opérateurs de la filière Maroc, Espagne, France, des semenciers, des techniciens de chaque bassin de production, des données SAA, Agence bio, CTIFL.

    Au Maroc, les surfaces ont atteint – 75 ha (à 1 410 ha), pour une campagne ni tardive ni précoce, qui se terminera fin mai. Le recul en Espagne est de 800 ha (- 16 %),pour un global de 4 000 ha. La baisse des surfaces pourrait être plus importante, car les prévisions ne tiennent pas compte de l’impact de la météo sur les hectares réellement plantés (pertes non encore chiffrables). Dans la zone de Murcie-Alicante, principal bassin de production (3 100 ha estimés), la baisse des surfaces est historique, conséquence des campagnes 2020 et 2021, ainsi que des fortes pluies et fraîcheur inhabituelles jusqu’à début avril. « On attend donc une entrée progressive en production début mai sur les cultures les plus précoces, mais une production hétérogène échelonnée sur les parcelles suivantes jusqu’à fin mai », annonce Marion Mispouillé, animatrice de l’AIM (Association interprofessionnelle melon).

    Quant à la France, globalement le tableau est sombre : perte annoncée de 10 % des surfaces nationales (soit – 1 250 ha), pour un total de 10 400 ha. Les surfaces bio pèsent 8 % de la production nationale. En dix ans, la filière melon a perdu 4 000 ha (14 750 ha en 2012, avec un rebond observé cette année-là), dans une tendance globale baissière. « C’est alarmant pour la filière, un signal de grande difficulté. La filière melon est en crise », s’émeut Myriam Martineau, présidente de l’AIM et responsable commerciale chez Boule d’Or. Le Sud-Est perd ses 250 ha (seul bassin qui était en hausse l’an passé), mais n’a pas dit son dernier mot : quelques grands producteurs indépendants progressent discrètement en surfaces. Le Centre-ouest accuse le coup, avec la perte de 800 ha. L’arrêt du leader Soldive ne passe pas inaperçu dans ces prévisions. Là aussi, les données sont à prendre avec des pincettes, car les plantations ne sont pas terminées, comme les éventuels aléas climatiques. Le melon français est attendu à partir de mai pour les abris chauffés, fin mai pour les abris non chauffés.

    Conséquence à cette conjonction d’incertitudes, la tendance à la diversification observée en France « est stoppée en 2022, les opérateurs se recentrent sur l’essentiel : le Charentais », relève Marion Mispouillé. « Une des causes est économique. L’étude du CTIFL de 2020 le montre bien : les consommateurs plébiscitent le melon, dont le taux de satisfaction est de 90 %. On n’a pas su communiquer sur le juste prix. Nous sommes inquiets, car cette année le melon va coûter encore plus cher en production » précise Jérôme Jausseran, vice-président de l’AIM et dirigeant de Force Sud. « L’étude du CTIFL confirme que le consommateur est prêt à mettre quelques centimes de plus pour un bon melon et qu’une fourchette d’action peut être menée pour agir mieux », ajoute Myriam Martineau. D’autres facteurs défavorables viennent s’ajouter, comme les risques d’une segmentation en danger du fait de la loi Agec (banderolage et stickers), les problèmes structurels de main d’œuvre, un contexte de consommation des ménages frileuse en période inflationniste*. Il ne reste plus qu’à espérer une météo favorable en pleine période de consommation.

    * L’Insee vient de publier les chiffres de la consommation des ménages sur le 1er trimestre 2022, attestant d’un recul de 1,3 % (tous produits de consommation confondus).

    Retrouvez une analyse plus détaillée de la situation et une synthèse des perspectives dans notre prochain dossier melon, à paraître dans le magazine végétable de mai.