La filière des légumes transformés face à une situation inédite

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    L’Unilet, interprofession des légumes en conserve et surgelés, pointe un contexte de consommation sans précédent qui met les acteurs de la filière sous tension.

    Les légumes en conserve et surgelés ont connu une hausse des achats des ménages sans précédent en 2020. « Pendant la crise Covid en 2020, on a beaucoup parlé de l’adaptation de la grande distribution et des transporteurs routiers, mais notre filière a assuré pendant la crise : cela prouve toute sa résilience », a introduit Olivier Morel, président de l’Unilet (Union nationale interprofessionnelle des légumes transformés), et par ailleurs directeur de la branche surgelés du groupe Eureden, lors de la conférence de presse du 12 janvier dernier. Face à la hausse brutale de 30 % de la consommation des ménages en volumes pendant le premier confinement, au printemps 2020, les professionnels ont décidé de commander, pour la première fois, une enquête consommateur approfondie* pour comprendre les ressorts des attentes des ménages français. Premier enseignement, 86 % des Français consomment des légumes en conserve ou surgelés, à raison d’au moins une fois par semaine pour plus d’un Français sur deux, tout au long de l’année, principalement en raison de leur bonne conservation (64 %), leur gain de temps (59 %) et leur stockage (58 %). Les consommateurs recherchent avant tout un monolégume (haricot vert, petit pois, épinard…), sont sensibles au prix et, en troisième position, à la marque (pour les conserves) ou à l’origine (pour les surgelés). C’est la différence notoire entre les deux marchés. En 2020, la filière a été mise sous tension avec une croissance record des achats en magasin de + 8,5 % en volume pour les surgelés et + 7,7 % pour les conserves sur les neuf premiers mois de l’année, par rapport à la même période de 2019. Du jamais enregistré. « Il y a eu plus d’acheteurs, plus de quantités achetées, et plus fréquemment », résume Cyrille Auguste, vice-président représentant le collège des industriels réunis au sein de la Fiac (Fédération des industriels des aliments conservés). Un salut pour la filière, qui a pu réaffecter rapidement ses offres de la RHD – fortement perturbée en 2020, débouché majeur des légumes surgelés – vers les circuits de distribution à domicile.

    © Unilet

    Passé le temps de la réaction, celui de la projection. Sur la base de l’enquête, les professionnels se préparent à un potentiel maintien des achats des ménages à un niveau élevé sur les prochains mois. « Cette très forte croissance est un vrai défi pour une filière comme la nôtre. 30 % d’augmentation en pic de crise ! Dame Nature ne sait pas agir sur des légumes de plein champ contractualisés au rythme des saisons et des cycles annuels », rappelle Olivier Morel. Dans le même temps, la filière – où la relation contractuelle forte, entre producteurs et industriels, sur le prix et le mix produit en quantité et en qualité est un atout – doit aussi faire face aux aléas climatiques « très contraignants » ayant provoqué une chute de l’offre à – 14% en pois, – 12 % en flageolets et – 11 % en haricots, pour ne citer que ces trois produits majeurs. D’autres enjeux se posent : le renouvellement des générations en production, qui n’est pas propre qu’à cette filière, l’absence de visibilité en 2021 sur les débouchés de la RHD, les surcoûts liés à la gestion des pics de consommation, sans répercussion sur les prix de vente. « La difficulté est que nous sommes parfois sur des temps longs, comme le changement des pratiques agronomiques liées à la diminution des intrants », souligne Jean-Claude Orhan, vice-président représentant le collège des producteurs réunis au sein du Cenaldi, AOP de légumes de plein champ pour l’industrie. Saluons toutefois des avancées notoires dans le cadre de l’actuel plan de filière, qui court jusqu’à 2023, comme le doublement de la production bio en trois ans au lieu de cinq (soit 5 % des surfaces dédiées au bio) ou la mise à disposition d’indicateurs économiques actualisés pour améliorer la répartition de la valeur dans la filière.

    * Enquête menée pour Unilet par le CSA du 27 novembre au 4 décembre 2020 auprès d’un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, 1 006 répondants.

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