L’abondance n’est pas une réserve, explique le livre blanc “Les Greniers du Monde”

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    Le livre blanc Les Greniers du monde explore la question centrale des stocks alimentaires dans la dynamique de souveraineté. 

    La Chine détient une part considérable des stocks mondiaux de céréales, la Finlande raisonne en mois de réserves, et l’Europe s’en tient encore largement à une conviction rarement questionnée : pourquoi stocker ce que l’on peut acheter ? Cette assurance aurait plus d’allure si nos systèmes alimentaires n’étaient pas devenus aussi dépendants du camion, du froid et du juste-à-temps. Quelques jours de rupture suffisent pour que l’abondance change de visage.

    Pour les fruits et légumes, l’objection vient aussitôt : ils ne se stockent pas, ils pourrissent. Exact. C’est pourtant l’argument qui devrait inquiéter plutôt que rassurer. Une production périssable, dépendante de l’eau, de l’énergie, des intrants, des emballages, des transports et de saisons devenues plus erratiques, dispose de peu de marges. Le blé peut attendre dans un silo. La tomate et la salade vivent au jour le jour. La fragilité n’est donc pas un détail technique : elle est inscrite dans la structure même de la filière.

    Il existe pourtant, dans le végétal, des produits qui réintroduisent une logique de réserve. Pois chiches, lentilles, haricots secs se conservent pendant des mois, demandent peu d’énergie de stockage, voyagent sans chaîne du froid et apportent des protéines végétales. Leur intérêt stratégique tient aussi à ceci : ils peuvent être produits sur nos territoires, conservés longtemps et mobilisés avec des contraintes logistiques bien moindres que celles du frais. Leur intérêt ne tient donc plus seulement à la nutrition ou à la transition alimentaire. Ils posent aussi une question de continuité d’approvisionnement et constituent, dans l’univers végétal, l’une des réponses les plus évidentes à la question du stock.

    Ce qui permet de continuer à produire

    C’est précisément au moment où cette vulnérabilité devient plus visible que Bruxelles recommence à penser le stock. Pendant des décennies, il a porté le souvenir des excédents de la PAC, des « montagnes de beurre » et des « lacs de lait ». À partir des années 1990, il est devenu le symbole d’un dysfonctionnement plutôt que d’une sécurité.

    Ce logiciel évolue. La Commission européenne réintroduit aujourd’hui les questions de préparation, de réserves et de vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement dans ses réflexions agricoles. Le député européen Éric Sargiacomo propose notamment de distinguer stocks de sécurité et stocks de réserve, et d’intégrer certains intrants indispensables à la poursuite de la production, comme les semences ou les engrais. Pour une filière habituée à raisonner en campagnes et en fraîcheur, l’idée peut sembler lointaine. Elle ne l’est pas : les fruits et légumes comptent parmi les productions les plus exposées à la moindre rupture d’énergie, d’eau ou de transport.

    Pour ces produits, c’est sans doute là que se situe le vrai débat. Leur sécurité ne reposera jamais sur des entrepôts remplis de produits frais. Elle dépendra de notre capacité à sécuriser ce qui permet de continuer à produire : semences, eau, énergie, intrants, froid, emballages, logistique, transformation.

    Autrement dit, la question n’est pas de savoir si l’on peut stocker une salade. Elle est de savoir combien de temps une filière aussi dépendante du flux peut continuer à fonctionner lorsque le système se grippe.

    La France a longtemps confondu sécurité alimentaire et rayons pleins. Les fruits et légumes rappellent une chose simple : l’abondance n’est pas une réserve !

    Le livre blanc est à télécharger sur sauvonsleurope.eu