Nutella, Ella elle l’a

©Photo Xdr

Amusant, l’épisode de la promotion Nutella. Entre le distributeur qui fait intelligemment le buzz et s’achète de l’image discount à peu de frais, les con-sommateurs genre modèles pour Rubens qui se jettent sur les palettes comme des morts de cholestérol et s’agrippent à leurs pots de gras plus fort qu’un frileux à une bouée du Titanic, les vigiles du magasin qui menacent de tirer sans con-sommation, les autorités paperassières qui ne s’entendent toujours pas sur la définition du seuil de stricte revente à perte, on rigole finalement pas mal avec ce gag qui rappelle un peu visuellement la distribution des sacs de riz par le Kouchner des grandes heures. Pourtant, on peut quand même se poser la question de savoir pourquoi ce qui attire l’attention, quand il s’agit d’épicerie à marque, reste tout le temps dans l’anonymat pour les produits frais. On ne compte plus les défenderesses du pauvre orang-outan qui, même avec l’aide de Stéphane Plaza, n’arrivent pas à retrouver un 2 lianes-cuisine, après son éviction de Huile de Palme Beach. Par contre, où sont les bien-pensants en tous genres quand nos fruits et légumes sont régulièrement crucifiés sur l’autel de la toute puissante image discount et bradés en dessous de leur prix de revient ? Oui, je sais, Nutella est une marque symbole et nous en avons très peu…

On se fait un plan cru ?

© Photo Xdr

Le cru est à la mode. Même si on risque de se retrouver avec le transit intestinal comme si on venait de se faire L’exorciste version longue dans un chalet de haute montagne avec les toilettes dehors, les steaks tartare et les carpaccios sont une valeur sûre du bistrot. Poisson idem. Même s’il y a autant de poisson dans les sushis industriels que de vraie truffe sur les marchés du Périgord, les sushis cartonnent. Pourquoi n’arrivons-nous donc pas surfer sur cette tendance et à promouvoir des associations culinaires autres que les sempiternelles frites et le certes difficilement remplaçable riz ? Après tout, la fonction d’accompagnement des légumes est un des moyens de promouvoir la consommation, non ?

Please respect the kicker

©Photo Xdr

Ah le Tournoi des Six Nations. La bouffée d’oxygène annuelle de l’Ovalie. Pendant quelques semaines, on retrouve les vraies valeurs de notre sport. Un public debout qui chante son hymne à tue-tête, la main sur le cœur et les yeux humides, et applaudit aussi celui de l’adversaire. Bien loin des sifflets du Top 14. Des joueurs en sang ou blessés qui pleurent plus d’avoir à quitter le terrain et à laisser les copains que de douleur. On oublie un moment les mercenaires coupés Jacques Dessange du championnat qui commence à s’inventer aussi des mimiques de footeux quand ils marquent un essai. Des jeunes qui essayent des choses, même si ça ne fonctionne pas toujours, plutôt que des golgoths bodybuildés programmés façon perceuse à percussion pour casser la ligne (que Monsieur Lièvremont a raison de glorifier aussi de « jeu d’évitement »). Et une équipe de France qui, même si elle n’a pas montré grand chose d’autre que de la vaillance en défense, meurt les armes à la main contre l’Irlande. Merci, Monsieur Brunel. Comme quand Macron a succédé à Hollande, on est d’abord content de ne plus être ridicule. Et aussi, spéciale dédicace, merci de ne plus nous infliger cette chèvre de Huget et les autres membres du club des « j’aurais voulu être un artiste » toulousain !

Calendar girls

©Photos Xdr

La mise en avant frénétique, pour quelques semaines, des présentoirs de calendriers et d’agendas 2018 a quelque chose d’énervant tant elle est convenue et dénuée de toute innovation. Prenez un moment à détailler les thématiques racoleuses qui reviennent chaque année et vous aurez à peu près toutes les frustrations de nos vies modernes. Quelques exemples pour les calendriers :
– les grandes capitales : concernant notre pauvre Paris, autant en rester aux photos de Doisneau, tant ce qu’est en train d’en faire l’Amie Dingo, pardon l’Anne Hidalgo, est dramatique. Quand va-t-on pouvoir faire en sorte qu’elle ferme autre chose que les voies sur berges ? Quand à l’albinos coiffé Playmobil tout en gueule qui a disparu avec le Brexit, il donne vraiment envie de ne pas décrocher le London calling…
– Wonder Woman : à part l’excuse pour Monsieur de pouvoir s’extasier à en casser sa biscotte au petit déjeuner sur les courbes de la dame en mini short encore plus moulant que celui de Daisy Duke, quel intérêt d’avoir le calendrier d’une énième version de ce comic ou maman manie le fouet toujours moins bien qu’une stagiaire de DSK ?
– Tropical Paradise : là où vous n’irez jamais, vu que vous avez déjà bien du mal à financer les dix jours all inclusive à Pataya avec mauvais whisky et gamines exploitées livrées en pâture aux doigts boudinés de gros sacs germaniques.
– Vintage : ah, la bonne vieille machine à coudre Singer dont la durée de vie était à peu près égale à 100 fois les tablettes tactiles hors de prix du Club des adorateurs de la pomme à obsolescence programmée (c’est le réflexe du chien qui prend un coup de pied et revient quand même vers son maître en frétillant), c’est vrai qu’elle est belle mais, quand même, de là à en faire un calendrier…
– les chatons et les chiots : même en supprimant son nom du digicode et en baissant le son de la télé au minimum les trois dernières semaines de décembre pour échapper aux étrennes des pompiers, pas moyen de couper à ce classique des classiques,
– Clara Morgane : les petits chats et les petits chiens pour maman… les petites chattes et les grosses chiennes pour papa. Avec l’amnésique Clara (si, si, même si il n’y en pas beaucoup, tu as démarré comme les autres !), ça vend. Curieux par contre, alors qu’on vend des calendriers de chevaux, qu’on ne trouve pas encore le calendrier de Rocco… Peut-être un problème technique avec l’imprimeur pour la partie dépliable… En attendant, les Dieux du Stade, même s’ils ressemblent chaque année plus à une revue de chez Michou ou à une pub de Versace, sont là pour faire un peu oublier à maman le bouboule qui comate sur le canapé devant Stade 2.

Et pour les agendas, c’est encore pire :
– Mon agenda malin : c’est sûr que ça sonne mieux que « mon agenda con ». On y trouve à peu près tout ce que voudrait être maman plutôt qu’un croisement entre Florence Foresti le matin et la plus azimutée des desperate housewives : organisée, zen, bonne cuisinière, bonne mère, capable d’aider pour les devoirs même pour ces foutues fractions, créative…
– pour finir, mon préféré : « Jardiner jour après jour avec la lune 2018 » : là, je pense qu’il n’y a rien à ajouter…

MotherBucker

© Photo Xdr

« Vous avez des vrais cafés ? » La cliente, l’œil noir, probablement une Italienne refoulée et conservatrice, est entrée là car il n’y a pas d’autre moyen d’acheter un café dans la gare. « C’est quoi des vrais cafés ? » La vendeuse, plutôt kaïra cités Nord, genre je fais ça car j’ai grave besoin de thunes, lui répond d’une façon à peu près aussi amène. J’adore ces instantanés qui nous rappellent de façon criante qu’acheter et vendre de façon sereine n’est pas si simple et que, même avec un concept commercial aussi canon que celui du spécialiste de cafés aromatisés aux marges éhontées, on est jamais à l’abri d’un client mécontent.

Même les téléphones sans fil !

©Photo Xdr

On écoute de la musique dématérialisée, on regarde les films en streaming, on passe sa CB pour payer sans contact, on drague par écran interposé via les foires aux bestiaux pour célibataires, on fait les réunions via visioconf ou Skype, on visite son futur appartement en virtuel… Et s’il fallait tout simplement se préparer à un futur proche où les gens et les concepts s’effleurent sans plus vraiment se rencontrer ? Mon propos n’est pas de faire de la philosophie à 2 sous mais vraiment de se poser la question sur l’avenir des achats physiques de fruits et légumes. Si le consommateur d’aujourd’hui veut encore voir, toucher, sentir, goûter, c’est surtout en raison du côté gustativement déceptif de nos produits. Que se passera-t-il le jour où ces éléments seront garantis par une nouvelle technologie sans avoir à se déplacer ? À part pendant les quelques semaines de vacances en Provence, le consommateur se déplacera-t-il encore ? Après le magasin sans caissière, nous aurons peut-être bientôt le magasin sans personnel autre que des robots…

Et si on jouait à cache-casse ?

Pour gagner de l’argent, il faut d’abord ne pas en perdre. Derrière cette lapalissade se cache pourtant un des grands fléaux de notre Filière et c’est pourquoi la chasse aux coûts cachés est ouverte. Or les gens en charge ont souvent une mauvaise acception du terme et tirent sans discernement sur tout ce qui coûte. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur les fausses économies telles que le gel de la maintenance préventive des frigos, tirer la qualité des sachets vers le bas, ne pas affecter quantité et qualité de ressources humaine pour la tenue des rayons… On note aujourd’hui un paradoxe criant au niveau des intervenants : ceux qui ont démarré comme hard discounters sans fioriture investissent pour surfer sur la vague de la proximité en devenant des spécialistes des Produits Frais, et les « grands » qui avaient une certaine légitimité en FL taillent sauvagement dans les frais et continuent à perdre des parts de marché.

Bracelet ou collier de chien ?

© Photo XDr

Vous avez vu combien de sites éphémères proposent aux hommes d’improbables bracelets auxquels ils essayent désespérément de donner un peu d’âme ? En plus des grandes marques de mode qui ont ajouté cet accessoire à leur gamme pour un prix exorbitant alors qu’il s’agit tout simplement de scoubidous améliorés, on a le site faussement manouche avec « Django et ses frères », le Hollandais de service, toujours prompt à exploiter la bêtise des gens, qui propose des bracelets en cordage d’Amsterdam… Je ne m’attarderai pas sur cette mode où les hommes lorgnent vers les bijoux féminins, nous sommes en démocratie, mais, de grâce, faites-le avec un peu de classe et d’originalité. Quand Ardisson explique que son bracelet de force Hermès lui rappelle son passé pas si lointain de bad boy, que c’est le dernier attribut de son époque cuir et poudre à laquelle il a survécu, et qu’il fait partie intégrante de son personnage, j’achète. Quand des robots empilent de la pacotille fabriquée à la chaîne (un comble pour un bracelet !) pour avoir les poignets qui ressemblent au cou d’une femme girafe Padaung, ça le fait moins. Même en ces temps de remake du cultissime « Blade Runner », arrêtons de nous comporter en répliquants…

Pour toi, client, c’est cadeau !

Quel est le stade ultime auquel on puisse travailler pour un client après la série limitée ? L’exclusivité. Comment expliquer que notre Filière soit si timorée concernant un concept qui cartonne en PGC (format/parfum/recette réservés pendant une période suivant le lancement -voire définitivement- à une enseigne). Nous n’utilisons manifestement pas assez un outil vendeur pour lequel nous sommes pourtant naturellement désignés. Chaque lot de FL, avec ses multiples spécificités (origine, terroir, espèce, variété, calibre mais surtout caractéristiques du producteur permettant de raconter une histoire), est par nature même une exclusivité, mais on n’en communique pas grand chose. Quel dommage quand le consommateur ne demande que ça ! Tout bobo qui se respecte a toujours l’œil humide en vantant SON « petit producteur », dont la charmante fermette jouit d’un micro climat unique au monde et dans la galaxie, et qui produit la « meilleure carotte ». Toute Madame Michu qui s’encanaille en fin de semaine a son étal favori au marché de plein vent et tant pis si le bon vendeur qui y officie s’approvisionne en invendus à Rungis et rhabille dans des colis bois marqués Provence.
Certaines enseignes plus malignes s’y sont très intelligemment aventurées avec le pomelos français de Corse (juste une précaution avant démarrage : prévenir l’agréeur pour qu’il n’ennuie pas le producteur avec les analyses LMR et accepte de recevoir d’office avec les pomelos quelques palettes invendables de farine de châtaigne pourtant pas commandées…), la bonne théâtralisation autour de maraîchers locaux ou de producteurs de légumes anciens mais il ne s’agit pas encore de réelles exclusivités qui continuent à faire peur en produits périssables. Les distributeurs anglais semblent plus avancés dans la démarche puisqu’ils demandent depuis plusieurs années déjà à leurs fournisseurs des fermes dédiées dont ils sont prêts à acheter toute la récolte, voire à financer la reconversion en Bio dont les volumes leur manquent…

Des outils performants, des utilisateurs maladroits

Bonjour, je m’appelle Pepe et j’ai des oranges qui déchirent ! Le message est publié par un barbu hilare aux inévitables Ray-Ban Aviator (pourquoi cette manie de mettre comme photo de profil un visage barré de cette icône vieillissante de Kekeland ?), dont les seuls nom et prénom à rallonge font penser qu’ils sont plusieurs à écrire et qui s’est octroyé un titre improbable genre Responsable Senior confirmé du développement des ventes marchés exports pour les petits agrumes hors clémentines.
C’est parti ! Les premières Osteen sont passées sur la calibreuse et elles sont super bonnes ! Il n’y en aura pas pour tout le monde ! Message assorti d’une photo en gros plan et prise de travers à l’iPhone graisseux.
La récolte des pommes de terre primeurs a démarré, n’hésitez pas à me contacter sinon, ça sera l’année prochaine ! Et il n’y a pas d’autre contact possible que la réponse via le réseau, vous voulez vraiment qu’on vous contacte ou pas ?
LinkedIn et autres réseaux professionnels offrent de réelles opportunités de passer des messages à la Filière mais nous serions bien inspirés de soigner nos publications. Mieux ciblées, ciselées, sans fautes d’orthographe et mise en page avec des photos de qualité. Soit on veut s’adresser à des professionnels et on doit inclure quelques données factuelles (dates, valeurs illustrant la qualité, faits marquants…) qui permettent de jauger la publication, soit on veut rester légers… et LinkedIn n’est pas le bon outil.