Archives de catégorie : Bullshit Consulting Group

Veni, Vidi, Litchi

© Photo Xdr

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Exemple flagrant de la stérilité du débat sur la soit-disant ‘vraie’ saisonnalité des FL, ou le client bidochon serait censé n’acheter que ce que l’on produit près de chez lui à un moment précis de l’année, le litchi nous apporte tout. Attendu, unique, original, gustatif, rafraîchissant, diététique, peu cher au kg, fruit snacking par excellence, adoré des enfants… il est, avec la clémentine, une des stars de l’étal des fêtes de fin d’année et nous glisse à l’oreille que la magie de Noël demeure encore un peu…

Bienvenue a bord de la Navette !

tel_avion

A chacun de mes AR a Rungis, je suis frappé par la différence d’aspect entre le cadre qui prend la première navette et le même individu, mais après une journée confronté aux joies de la capitale.

MATIN :
Le brushing impeccable, l’œil vif, la queue frétillante, le jeune cadre dynamique relis attentivement son powerpoint et y fait quelques ultimes retouches. La chemise est sans un faux pli, la cravate-nœud double, la pointe sur la boucle du ceinturon – déjà serrée de prêt. Il refuse poliment la mauvaise viennoiserie en cru surgelé car ça fait grossir et boit son café noir en retardant par le hublot, l’air absorbé, en pensant a cette présentation qui va changer sa carrière, mettre ses collègues hors du coup et lui garantir Assistante Personnelle et Ferrari de fonction.
Il ne prête que peu d’attention a ceux qui finissent leur nuit en ronflant ou épluchent l’Equipe pour savoir si on a enfin trouve quelle nouvelle substance indétectable prend Chris Froom. Ceux-la, dans tous les cas, resteront Chef de Secteur GMS à vie… mais pas lui !

SOIR :
Au retour, l’allure s’en est allée avec les espoirs. La présentation vitale a été décalée/ raccourcie/ ajournée/critiquée et ces foutus liens hypertextes n’ont jamais fonctionnés. Il a été aussi leader pendant la réunion que Domenech lisant la lettre devant le bus à Knysna. La cravate en mauvaise soie thaïlandaise est fourrée dans la poche de la veste et la chemise maintenant plus chiffonnée qu’un centenaire japonais. Envolées les bonnes résolutions diététiques, il mendie un second sachet de grignotage salé et le dévore frénétiquement en s’essuyant les mains sur le siège.
S’en suit un retour bluesy ou il n’a pas envie de grand chose, à l’exception de voir la porte de la cabine s’ouvrir enfin.
L’annonce enregistrée précisant qu’il n’est pas encore autorisé à rallumer son mobile est invariablement ponctuée d’une salve fournie de whistles (un jour, c’est sûr, je tuerai pour ce sifflement ridicule annonçant l’arrivée d’un sms qui l’est encore plus) et des clics de ceinture de ceux qui, bad boys refoulés, se détachent avant l’arrêt complet de l’appareil. Tous ces accros de la pomme ou du clone coréen me font penser a Jacques Mayol refaisant surface après une longue apnée. Ah… je retrouve enfin les wassup des copines et ces émoticones qui savent si bien décrire mes états d’âme…
Pour finir, le pilote annonce doucement qu’il va falloir patienter quelques minutes, le temps que l’on ‘cherche la passerelle’. C’est vrai qu’un matériel de plusieurs dizaines de mètres de long, c’est pas si simple à localiser et ça n’est pas comme si le personnel au sol était prévenu de l’arrivée à l’heure de l’appareil… Alors, devant l’envie furieuse de sortir de l’avion, tout le monde s’est levé et se contortionne (ou se tortionne comme un c…) pour enfiler la veste chiffonnée, descendre la valise cabine et la poser sournoisement sur les chaussures du voisin. Puis on attend debout, pestant contre l’acception du terme ‘quelques’ minutes…
Une fois sortie, il restera encore l’épisode de la carte de parking démagnétisée et de l’arrivée, 17 minutes après l’appel au PC, de l’ageng deu securiteeu qui ne peut rieng faireu !
Vive la visioconférence !

Sticky Fingers

Les millions de stickers dont on barde nos beaux fruits et légumes me font invariablement penser à autant de petites bouteilles à la mer pour essayer désespérément de passer des messages au client, des petits pansements qu’on pose sur les bobos de notre Filière qui ne cicatrisent pas. Marques sans réelle notoriété, mentions bidon sur le mode de culture ne rassurant personne, origine alors qu’elle est en grand sur le colis, code PLU plus utilisé…
Tant qu’à investir dans ce surcoût pas neutre au kilo, autant y inscrire des choses utiles : pêche blanche, pomme à cuire, clémentine sans pépin…

Le nouveau SBAM

Auchan a toujours eu les meilleures hôtesses de caisse. Reconnues à leur juste valeur (le dernier contact avec le client, aussi important qu’un bon café au restaurant après le repas), régulièrement formées, saluées en priorité par les dirigeants en visite magasin, mieux payées que la moyenne de la profession, elles ont été pendant des années les championnes du SBAM (Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci).
Aujourd’hui, dans d’autres enseignes, les caissières sont souvent en CDD, sujettes à des horaires contraignants, pas toujours assez nombreuses, un peu bouc-émissaires d’un client à qui la présence et le service sur la surface de vente manquent : le SBAM, elles en illustrent une autre acception :

Soupir
Bijour
Après vous je ferme !
Monsieur, les sachets sont payants !

Ticket de caisse ou ticket de casse ?

La liste de courses en FL à l’approche de l’été : que de bonnes intentions !

– l’ananas brûleur de graisse. Une fois pour toutes : le stade de maturité auquel il faut le manger n’est pas marron translucide avec moisissure blanche. Tranchez-le avant !
– le pot de menthe et de basilic frais. Cette année, c’est sur, Mme Michu prendra le temps de cuisiner sain pour le diner. Un mojito sans alcool pour l’apéro, un taboulé ou une petite salade tomate/mozzarella ensuite… Et elle cueillera amoureusement la pincée d’herbes fraîches nécessaire pour parfumer tout ça. En fait, le pot de basilic sera cramé en moins d’une semaine car elle l’aura noyé et celui de menthe déchiqueté par le chat devenu fou à force de se rouler dans le saladier en bois d’olivier… C’est bon, je reprends mes moulins Ducros.
– le filet d’oranges à jus. Ah, les vitamines d’un jus d’oranges pressées tous les matins… On pourra même ajouter un citron, même pas peur, et tant pis s’il y a plus d’acide qu’après une demande en mariage refusée au Pakistan. Mais, parce qu’on a trainé trop tard la veille devant une série bidon (c’est facile, elles le sont toutes à part True Detective), pour ne pas réveiller les enfants qui râlent a cause du bruit du presse-agrumes, pour éviter l’évier bouché par l’accumulation du mucilage… Et puis, d’abord, pourquoi ça serait toujours moi qui me lèverait en premier pour les presser ces satanées oranges ? Tout ça finit souvent avec un bon vieux verre d’ABC flash pasteurisé trop sucré et déserté par les fameuses vitamines…
– la noix de coco : c’est bien joli mais j’en fais quoi maintenant s’il n’y a pas de manifs prévues ?
– le chou-fleur : mais qu’est-ce-qui m’a pris d’acheter cette bombasse bretonne ? Si je le fais cuire, mon appart va sentir comme une maison de retraite pendant la canicule. Seule solution pour ne pas le jeter : le refiler à la Fête des voisins.

L’enfer des FL est pavé de bonnes intentions… mais, dans le total des aliments frais jetés, ils se taillent une part du lion.

Primeurs ou Frimeurs ?

Il n’est pas une discussion sur les FL dans laquelle on ne s’insurge contre le diktat du tout visuel. À écouter les clients, ils seraient aujourd’hui prêts à accepter des produits moins esthétiquement irréprochables du moment qu’ils sont bons.
Certains en profitent pour vendre des écarts de conditionnement sur le bord des routes de Provence, d’autres défendent légitimement les ‘gueules cassées’, les adeptes des Amaps sont deçus si les produits sont trop beaux… Pourtant, le vrai sujet est une nouvelle fois le manque de culture produits des clients, résultante de notre incapacité à les former. Sinon, ils sauraient que forme, aspect, texture, couleur sont des attributs qui ne garantissent pas tout en FL.
Sous la pression d’une normalisation dictatoriale, nous sommes passés directement des cahiers de coloriage de notre jeunesse aux manuels d’agréage du monde parfait. Il est temps de se souvenir du verger/potager de Mamie…

La French Touch

Imaginez le nombre de mains, de bouches et de nez qui ont touché le produit vrac que vous allez acheter. Les fruits ont été tâtés, goutés, reniflés, les légumes soupesés, tordus, voire écoutés comme un coquillage (si, si, déjà vu !). Sous couvert de gestes normaux dans le cadre de l’acte d’achat, nous héritons là d’un paradoxe majeur : le respect de l’environnement nous dit de ne pas sur-emballer alors que les clients nerveux se tournent de plus en plus vers le préemballé.
Pourquoi ne pas s’inspirer ici des autres rayons PFT ou certes, le client vérifie aussi avant d’acheter, mais sans soulever lui-même les ouïes du poisson ou devenir familier avec le poulet pour savoir s’il vient bien de Bresse ? La encore, le réassurance sur le goût/ la maturité et le conseil d’un professionnel, comme sur les marchés, permettraient probablement de réduire ce comportement de clients qui doutent.

Moi Président !

table_reunionLorsqu’on assiste à une réunion de professionnels des F&L, on est généralement frappé par le nombre improbable d’interprofessions, de groupements, d’associations, de clubs, de groupes de réflexion qui sont censés nous représenter.
Chacune de ces entités, par la voie d’une kyrielle de Présidents, défend farouchement ce qu’elle pense être son pré carré et s’arqueboute sur des problématiques qui font sourire ceux qui ont de vrais problèmes. Comment s’étonner dans ces conditions que nos prises de parole sur des vrais sujets (consommation, relations production/achat, formation…) soient diluées au point d’en devenir inaudibles et que les messages portent peu? Quand le résultat d’heures passées a s’enflammer débouche finalement sur la rédaction d’une note qui, au-delà de donner des frissons d’orgueil aux rédacteurs qui en écoutent religieusement la lecture, viendra simplement gonfler la pile des autres notes déjà reçues, on peut se poser la question de l’utilité de bon nombre de ces organismes. Le lobbyisme doit se nourrir d’un minimum d’actions, sous peine de devenir une simple tête-chercheuse à subventions, prête seulement à tendre la main au premier aléa de production…

C’est pas bon à la cantine !

Prenez une idée relevant au départ du simple bon sens : la nécessité d’éduquer les enfants aux bienfaits et aux plaisirs des fruits et légumes frais. Laissez les chargés de mission/ consultants/ porte-malettes bruxellois en tous genres se l’accaparer, en ciselant au passage quelques slogans tarte à la crème (le premier prescripteur de l’achat, le client de demain c’est lui), mélangez avec des politiques qui ont très vite flairé le bon filon pour se faire remarquer avec des projets de cantines Bio/Commerce Équitable/circuit court à un moment ou le Hallal/Casher/sans gluten commençait à moins faire recette, et vous verrez comment on peut très vite oublier l’objectif du départ.
Aujourd’hui, un grande partie de nos enfants ne connaissent que peu les vergers et potagers (regardez les billes qu’ils ouvrent au Salon de l’Agriculture!), ils sont constamment bombardés de stimuli publicitaires pour les vrais concurrents markétés des fruits frais (desserts sucrés, produits lactés,…) et ont même la flemme d’éplucher. Alors, plutôt que de laisser quelques anciens chevelus de Notre Dame des Landes et les chasseurs de subventions réclamer des cantines 100 % Bio livrées tous les jours en tracteur électrique, commençons par des choses simples :
– proposer aux enfants une gamme de fruits comme ils les aiment: colorés, sucrés, seedless, facile à éplucher et d’un calibre adapté à leur appétit. La gamme Rik et Rok d’Auchan est pour ça un exemple.
– ne laissez pas l’alternative dans les menus car le fruit nu a du mal dans un premier temps à lutter contre une barre chocolatée ou un flanc à marque…
– si ça ne suffit toujours pas, préparez-les pour eux. Une simple pomme deviendra du coup très sexy si c’est papa qui épluche et c’est quand même plus logique que des quarts de quartier non épluches en petit sachet plastique sous atmosphère…
– osez quelques accessoires: lunch box, éplucheurs,…
Le gamin, à la différence des adultes, se moque de savoir si la cantine est conventionnelle ou Bio, de gauche ou de droite… Par contre, il ne franchira pas le pas du fruit frais si tout n’est pas fait pour l’accompagner.