Archives de catégorie : Ouate de phoque ?

Please respect the kicker

©Photo Xdr

Ah le Tournoi des Six Nations. La bouffée d’oxygène annuelle de l’Ovalie. Pendant quelques semaines, on retrouve les vraies valeurs de notre sport. Un public debout qui chante son hymne à tue-tête, la main sur le cœur et les yeux humides, et applaudit aussi celui de l’adversaire. Bien loin des sifflets du Top 14. Des joueurs en sang ou blessés qui pleurent plus d’avoir à quitter le terrain et à laisser les copains que de douleur. On oublie un moment les mercenaires coupés Jacques Dessange du championnat qui commence à s’inventer aussi des mimiques de footeux quand ils marquent un essai. Des jeunes qui essayent des choses, même si ça ne fonctionne pas toujours, plutôt que des golgoths bodybuildés programmés façon perceuse à percussion pour casser la ligne (que Monsieur Lièvremont a raison de glorifier aussi le « jeu d’évitement »). Et une équipe de France qui, même si elle n’a pas montré grand chose d’autre que de la vaillance en défense, meure les armes à la main contre l’Irlande. Merci, Monsieur Brunel. Comme quand Macron a succédé à Hollande, on est d’abord content de ne plus être ridicule. Et aussi, spéciale dédicace, merci de ne plus nous infliger cette chèvre de Huget et les autres membres du club des « j’aurais voulu être un artiste » toulousain !

Même les téléphones sans fil !

©Photo Xdr

On écoute de la musique dématérialisée, on regarde les films en streaming, on passe sa CB pour payer sans contact, on drague par écran interposé via les foires aux bestiaux pour célibataires, on fait les réunions via visioconf ou Skype, on visite son futur appartement en virtuel… Et s’il fallait tout simplement se préparer à un futur proche où les gens et les concepts s’effleurent sans plus vraiment se rencontrer ? Mon propos n’est pas de faire de la philosophie à 2 sous mais vraiment de se poser la question sur l’avenir des achats physiques de fruits et légumes. Si le consommateur d’aujourd’hui veut encore voir, toucher, sentir, goûter, c’est surtout en raison du côté gustativement déceptif de nos produits. Que se passera-t-il le jour où ces éléments seront garantis par une nouvelle technologie sans avoir à se déplacer ? À part pendant les quelques semaines de vacances en Provence, le consommateur se déplacera-t-il encore ? Après le magasin sans caissière, nous aurons peut-être bientôt le magasin sans personnel autre que des robots…

Pour toi, client, c’est cadeau !

Quel est le stade ultime auquel on puisse travailler pour un client après la série limitée ? L’exclusivité. Comment expliquer que notre Filière soit si timorée concernant un concept qui cartonne en PGC (format/parfum/recette réservés pendant une période suivant le lancement -voire définitivement- à une enseigne). Nous n’utilisons manifestement pas assez un outil vendeur pour lequel nous sommes pourtant naturellement désignés. Chaque lot de FL, avec ses multiples spécificités (origine, terroir, espèce, variété, calibre mais surtout caractéristiques du producteur permettant de raconter une histoire), est par nature même une exclusivité, mais on n’en communique pas grand chose. Quel dommage quand le consommateur ne demande que ça ! Tout bobo qui se respecte a toujours l’œil humide en vantant SON « petit producteur », dont la charmante fermette jouit d’un micro climat unique au monde et dans la galaxie, et qui produit la « meilleure carotte ». Toute Madame Michu qui s’encanaille en fin de semaine a son étal favori au marché de plein vent et tant pis si le bon vendeur qui y officie s’approvisionne en invendus à Rungis et rhabille dans des colis bois marqués Provence.
Certaines enseignes plus malignes s’y sont très intelligemment aventurées avec le pomelos français de Corse (juste une précaution avant démarrage : prévenir l’agréeur pour qu’il n’ennuie pas le producteur avec les analyses LMR et accepte de recevoir d’office avec les pomelos quelques palettes invendables de farine de châtaigne pourtant pas commandées…), la bonne théâtralisation autour de maraîchers locaux ou de producteurs de légumes anciens mais il ne s’agit pas encore de réelles exclusivités qui continuent à faire peur en produits périssables. Les distributeurs anglais semblent plus avancés dans la démarche puisqu’ils demandent depuis plusieurs années déjà à leurs fournisseurs des fermes dédiées dont ils sont prêts à acheter toute la récolte, voire à financer la reconversion en Bio dont les volumes leur manquent…

Baisser la tension de relation, augmenter la tension de tâche

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Je me souviens d’avoir beaucoup travaillé cette thématique en formation quand j’étais jeune Compte Clé chez Mars/ Unisabi. Au-delà du jargon de consultant, cela voulait simplement dire ne pas perdre de temps entre le vendeur et l’acheteur à chercher à savoir qui a la plus grande et construire du business ensemble. Eh bien voilà un domaine où, à mon sens, notre Filière a beaucoup progressé. Finis les rendez-vous avec plusieurs heures à attendre, les sièges sans dossier et rabaissés, les commissions d’achats façon Sainte Inquisition, les humiliations, l’absence de réelle écoute,… La grande majorité des acheteurs, enfin les bons en tous cas, a compris que le fournisseur est un allié face au vrai ennemi, le concurrent. On ne parle plus achats tournants mais relations contractuelles sur le moyen/long terme, le prix n’est plus le seul critère, on parle partenariat… Quand c’est bien, il faut aussi savoir le dire.

 

Wonderbox

© végéblog Guely

Ah les promesses affichées sur ces présentoirs de boîtes à bonheur aux couleurs flashy : le temps d’un week-end, on nous promet bien-être, gastronomie, séjour gourmand… Et quand on détaille un peu, on y parle de délices, de tables, de bistrots… Compte tenu du niveau d’insatisfaction des consommateurs vis-à-vis des F&L qui ne baisse pas, je suis convaincu qu’il y a dans notre Filière toute la matière pour un marketeux à construire une Wonderbox dédiée à nos F&L : découverte de la Production via un ‘vie ma vie’ de quelques heures, blind test sur les espèces, dégustation, cuisine… À quand la Wonderbox WE de récolte des abricots en Ardèche ou escapade dans les vignes du Ventoux ? Même si c’est plus dur que les quelques heures de pierres chaudes de Madame ou de petit cheval cabré de Monsieur, rares sont les consommateurs qui ont un mauvais souvenir des vendanges de leur jeunesse…

Enherbement maximum !

Alors que le Bio continue, et c’est très bien ainsi, de progresser en F&L, certains producteurs encore plus français que les autres question mentalité (comprenez vraiment jamais contents !) s’autorisent à penser. Plutôt que de se poser les bonnes questions, on commence à noter des débuts de scission entre les talibans du Bio, qui veulent faire de ce mode de culture un étendard pour porter haut et rouge les discours anti-patron et rejeter en black block tout semblant d’industrialisation de l’agriculture, en vérifiant avant utilisation que le fumier organique ne vient pas d’une vache Filloniste ou que le compost est de gauche, et les agriculteurs Bio plus pragmatiques, qui cherchent plutôt comment financer autrement que par l’éternelle aumône de Bruxelles les années de conversion, comment éviter les déconversions, comment démocratiser le Bio, comment faire du Bio non pas une secte d’ultras mais plutôt le fer de lance d’une nouvelle agriculture conventionnelle recommençant enfin à raisonner.
Quand arrêtera-t-on enfin dans notre Filière de casser systématiquement les nouveaux jouets qu’on nous donne ?

Après les Gueules Cassées… les Mal-Aimés ?

© Photos Xdr

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Nous avons tous entendus parler de la gamme de F&L ‘Les Gueules Cassées’ et de la tentative parfaitement louable d’essayer, plutôt que de poser la tête (voire pire…) sur le billot de la transformation, de valoriser les produits normalement empêchés par des défauts visuels mais sans conséquence sur le gustatif. On a donc rassemblé dans une gamme plus de tordus qu’au PS, plus de mal formés que dans les années post Tchernobyl, plus de défauts de peau que dans une léproserie de Calcutta et tout ce que la Filière avait l’habitude de laisser lâchement sur le bord du champ. Force est de constater un certain succès tout à l’honneur de ceux qui ont courageusement tenté le coup. Mais, au delà du buzz créé par la nouveauté qui, comme les projets précédents déjà montés par son géniteur, était parfaitement imaginé pour s’opposer au culte aberrant du tout esthétique (à quand le croisement entre Charlotte et Vitelotte pour remplir l’obligation pour les pommes de terre d’être toutes blondes aux yeux bleus?), les retombées restent cependant assez limitées. C’est le fameux syndrome de la boîte de petits pois cabossée et dont l’étiquette est déchirée: même si ça ne change absolument rien à son contenu, ça n’est quand même pas celle que les clients choisissent ! Pour autant, peut-être existe-t-il une voie médiane à emprunter, en s’orientant plus sur les mal connus aujourd’hui que sur les moches à jamais? Nul doute que les Granny à face rosée ont une carte à jouer, que les espèces d’abricot avec moins de blush que Kim Kardashian peuvent tout de même séduire, que les ananas naturellement verts quand non éthrelés mériteraient mieux que de se faire mettre en boîte si on savait expliquer.
L’histoire n’est pas nouvelle mais on a ici peut-être une autre façon de la raconter…

Packaging

© Photos Xdr

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Dans l’avion, on peut regarder une vidéo d’Adèle et écouter un CD de Beyoncé. J’ai bien essayé de triturer furieusement la télécommande dans tous les sens mais impossible d’avoir la voix sublime d’Adèle et le… talent de Beyoncé. Quel dommage !

Cooking or not cooking ?

© Christian Etienne, grand nom de la cuisine provençale, en démonstration au Fruitlogistica 2011 © Photo végétable

© Christian Etienne, grand nom de la cuisine provençale, en démonstration au Fruitlogistica 2011 © Photo végétable

Pas un stand dans un salon aujourd’hui qui n’inclue, de façon continue ou événementielle, des animations type cooking-show. Pas d’équivoque : mon propos n’est pas de savoir si c’est bien ou pas bien mais plutôt de m’interroger sur le caractère éphémère de la chose. Comme le soufflet retombe sur un produit après une animation, le cooking-show ne masque-t-il pas une difficulté croissante à inculquer de façon pérenne aux nouvelles générations les bases et le plaisir de la cuisine ? A un moment où les repas sont de plus en plus déstructurés, est-ce-que cela a du sens d’essayer de réapprendre la cuisine ? Au delà du débat stérile sur le mélange des genres, voilà bien une aptitude sur laquelle les 2 genres pourront être d’accord dans quelques années, aucun des 2 ne sachant cuisiner.

Adaptation. Évolution.

pommeCertains fournisseurs passent leur temps à se lamenter sur les prix et à prier, la tête tournée vers Bruxelles et les fesses vers les centrales d’achats. D’autres font leur travail de façon courageuse et ont compris depuis longtemps que le producteur de F&L est comme un requin : s’il arrête de nager, il s’étouffe et meurt. J’ai croisé à Fruit Logistica un producteur à qui j’achetais des pommes et des poires il y a près de 20 ans maintenant. installé en Picardie, à la tête de vergers traditionnels, il a tour à tour travaillé à la constitution d’une OP pour mieux peser, fait évoluer les variétés de son verger, compris que la tendance était aux poires dures et que la Conférence (France, Belgique, au diable les frontières!) avait enfin sa carte à jouer. Il travaille maintenant comme conseil avec un grand spécialiste de la distribution des F&L au développement de nouvelles variétés répondant aux attentes actuelles. Nous avons parlé quelques minutes mais il avait le sourire et l’éclat dans l’œil qui montre qu’il y est encore. Ne pas parler de prix ou de subvention, ça fait vraiment du bien !