Archives de catégorie : Just not do it !

Assistera, n’assistera pas

Étant convaincu de longue date que l’avenir du commerce est le service, je m’interroge non pas sur l’assistance toujours plus grande au consommateur, mais plutôt sur la façon dont au l’oriente pour les produits. Prenons l’exemple de l’option Park Assist sur les voitures, à mon sens excellente. Je ne connais personne qui prenne du plaisir à s’infliger un créneau un peu serré, en plissant les yeux et en serrant les fesses, ou le contraire pour les héritières un peu trop botoxées, pour qu’aucun des boucliers peints (« Oui c’est cher ma p’tite dame, mais on répare plus, faut l’changer ! ») ne touche. Alors quand la machine vous propose de le faire, ce créneau, on prend.
À l’opposé, a-t-on vraiment besoin d’une borne intelligente pour « mettre du rap à la radio »… du rap, en plus ? Et le plaisir de faire lentement tourner la molette du poste radio, de s’arrêter plein d’espoir quand ça ne grésille plus, de repartir jusqu’à chopper une strat bien saturée ou la voix JackDaniellisée de Georges qui nous enchante depuis maintenant 45 ans, vous en faites quoi ? Dans ce domaine comme dans d’autres, « the chase is better than the catch », pas besoin d’une machine pour nous la tenir.
Je pense vraiment que le service et l’assistance véhiculés par les produits devraient être orientés d’abord pour apporter des choses que nous faisons mal ou n’avons pas de plaisir à faire, pas pour remplacer ce que nous savons faire et qui nous permet… de rester en vie.
Pour reprendre mon exemple de la voiture, les fabricants l’ont d’ailleurs très bien compris puisqu’ils ont laissé la possibilité de désactiver les aides si on a envie de piloter. Sans ça, nous n’aurons bientôt plus que des véhicules recyclés, au sièges couverts de cuir végétal, respectant strictement toutes les zones de vitesse, accélérant/ décélérant de la façon la plus responsable possible pour le carburant, s’arrêtant automatiquement au point de ramasse Amap pour charger – en coupant le moteur – son panier de carottes locales bio et son lapin abattu avec respect sous la vigilance des caméras de L214,…
Comme tout ce qui est service, cela doit rester à la carte.

Gimme a break !

©Photo Xdr

Aujourd’hui, à part quelques jeunes perdreaux impatients, tout le monde a enfin compris qu’acheter, ça n’est pas seulement négocier le prix le plus bas, quitte à dégrader la qualité sur bon nombre d’attributs produits constitutifs du juste prix. Taux de service, sécurité alimentaire, bilan carbone, gustativité, solidité, emballages recyclables, avec tous ces « must-have » qui sont aussi des « don’t want to pay », l’acheteur professionnel a un métier très technique et vraiment compliqué.
Mais, toutes ces complexifications ne constituent-elles pas un énorme paradoxe quand le consommateur insiste pour acheter le plus brut et le plus proche possible, quand la même Madame Michu qui regarde les étiquettes de normalisation d’un œil suspicieux dans son supermarché est prête en été à acheter sur le bord de la route au premier Django qui y a garé son J7 « en direct du producteur » ? D’un côté, la GMS généraliste, empêtrée dans un contexte économico-legislatif inextricable, perd du terrain, de l’autre, le consommateur, qui est prêt à manger des carottes toute l’année voire à aller les cueillir lui-même chez son local chéri !
Le vrai moyen de relancer la consommation des F&L ne serait-il pas simplement de laisser travailler les supermarchés en paix et d’appliquer la même tolérance (impunité ?) que sur les marchés de plein vent (la casse des halles ?). Il y a de grandes chances a parier que les professionnels de la GMS sachent relancer la consommation du raisin de table (le vrai, le bon, les terroirs, pas les grosses boules rose fluo, à la peau plus épaisse qu’un 2ème barre de Montpellier, qui finissent par nous casser les pouilles tant on ne voit qu’elles…) si on leur lâche la grappe concernant le nombre de grappillons par colis ou le « s » manquant à Moissac sur le balisage IGP…

MotherBucker

© Photo Xdr

« Vous avez des vrais cafés ? » La cliente, l’œil noir, probablement une Italienne refoulée et conservatrice, est entrée là car il n’y a pas d’autre moyen d’acheter un café dans la gare. « C’est quoi des vrais cafés ? » La vendeuse, plutôt kaïra cités Nord, genre je fais ça car j’ai grave besoin de thunes, lui répond d’une façon à peu près aussi amène. J’adore ces instantanés qui nous rappellent de façon criante qu’acheter et vendre de façon sereine n’est pas si simple et que, même avec un concept commercial aussi canon que celui du spécialiste de cafés aromatisés aux marges éhontées, on est jamais à l’abri d’un client mécontent.

Bracelet ou collier de chien ?

© Photo XDr

Vous avez vu combien de sites éphémères proposent aux hommes d’improbables bracelets auxquels ils essayent désespérément de donner un peu d’âme ? En plus des grandes marques de mode qui ont ajouté cet accessoire à leur gamme pour un prix exorbitant alors qu’il s’agit tout simplement de scoubidous améliorés, on a le site faussement manouche avec « Django et ses frères », le Hollandais de service, toujours prompt à exploiter la bêtise des gens, qui propose des bracelets en cordage d’Amsterdam… Je ne m’attarderai pas sur cette mode où les hommes lorgnent vers les bijoux féminins, nous sommes en démocratie, mais, de grâce, faites-le avec un peu de classe et d’originalité. Quand Ardisson explique que son bracelet de force Hermès lui rappelle son passé pas si lointain de bad boy, que c’est le dernier attribut de son époque cuir et poudre à laquelle il a survécu, et qu’il fait partie intégrante de son personnage, j’achète. Quand des robots empilent de la pacotille fabriquée à la chaîne (un comble pour un bracelet !) pour avoir les poignets qui ressemblent au cou d’une femme girafe Padaung, ça le fait moins. Même en ces temps de remake du cultissime « Blade Runner », arrêtons de nous comporter en répliquants…

Could you please just shut the f… up ?

François Berléand est « Le Siffleur », un film de Philippe Lefebvre © Photo Pascal Chantier

J’ai une sainte horreur des blaireaux qui sifflent très fort et très juste dans les lieux publics, au mépris de tout semblant d’éducation, en imposant à l’entourage cette bonne humeur affectée du charpentier qui prend du plaisir à construire un chalet pour y mettre son père, sa mère, ses frères et ses sœurs… Peut-être même qu’ils m’énervent plus encore que les exhibes qui font des Skype en gesticulant dans la rue, les bâfreurs de pop-corn au cinéma ou les VRP qui hurlent leurs exploits dans le TGV… Oui, je sais, je ne supporte pas grand chose. En fait si, juste les gens un minimum discrets.

Un Lannister paye toujours ses dettes. Les autres…

Même s’ils ne sont pas tous blancs aux yeux bleus, les marcheurs de notre Président ont en commun avec ceux de GOT leur lenteur pour faire les choses, une capacité évidente à tirer parti de la division fratricide des grandes familles historiques s’épuisant au pouvoir depuis trop longtemps (en soufflant au passage la politesse aux besogneux du FN qui pensaient enfin pouvoir vendanger les moissons du concept d’UMPS effectivement dépassé, planté par le Menhir il y a bien longtemps), leur obéissance béate à un chef momifié (eh Manu rentre chez toi, y’a du rimmel plein ta bière, Le Touquet va fermer, puis tu gonfles la crêpière. Allez Manu, combien de frais de maquillage ? Allez, avoue qu’une bonne partie était pour Bibi… !) et… une indéniable certitude du fait qu’ils nous conduisent vers la fin du monde.

Born to lose, live to win

Tour de France, étape du Ventoux © Photo Xdr

Nous devons tous être un peu masochistes pour autant aimer le monde des FL. Pourquoi ? Financièrement, il est très difficile d’y gagner un peu d’argent, mais extrêmement aisé d’en perdre rapidement beaucoup. Aimons-nous tant saisir les figues de Barbarie non épépinées à mains nues ? Courir tout nus dans les orties plutôt que d’en faire de la soupe ? Non. Alors, comment expliquer que nous nous accrochions sur ce dur métier des périssables où, pour des raisons plus ou moins intelligentes (plutôt moins que plus d’ailleurs…), tous les intervenants passent leur temps à tirer les prix vers le bas plutôt que de créer/maintenir le peu de valeur qui lui reste ? C’est un peu comme le Tour de France : c’est très dur, parfois beau, souvent injuste, toujours passionnant. Et on veut toujours donner le coup de pédale en plus…

 

Je n’aime pas les FL mais ça j’aime bien !

Certains leaders de la 4eme gamme ont déjà intelligemment pris pied sur le segment de l’apéritif convivial sain avec des plateaux apéritifs légumes à diper, des tartinables… D’autres comprennent qu’il vaut mieux offrir et marketer dans ce sens une cœur de pigeon que des mauvaises pistaches iraniennes gonflées d’afflatoxines ou des arachides chinoises.

Mais, à part pour l’apéritif et avec quelques espèces s’y prêtant naturellement (ex. de la tomate), que fait-on pour redonner envie à nos “jeuns“ de manger autre chose que de la junk food ?
Que fait-on pour favoriser la consommation nomade des fruits ?

MBA FL

Un jour, quand j’aurai le temps, je travaillerai sur la formation la plus élitiste qu’on puisse imaginer pour notre magnifique Filière des FL. Attention, pas élitiste dans le sens manuel du parfait agréeur + 5 kilos de PowerPoint des derniers bonimenteurs à la mode (si, vous savez, ceux qui surfent sur les dernières tendances à la mode pour se les approprier et monter des modules avec). Élitiste pour tenter d’apporter d’abord aux stagiaires le carburant essentiel qui fait qu’on peut y arriver : la passion du produit et du client.

Rêvons un peu : découverte sur site des producteurs référents par espèce, quizz des associations espèce/terroir incontournables (un peu comme un barman doit connaître par cœur les ingrédients de 73 cocktails bases avant de pouvoir commencer à officier), des périodes de « Vis ma vie » en exploitation, en plateforme, en magasin, les clés de l’animation et de la théâtralisation, la dégustation en blind test, les bases des associations culinaires et de la cuisine des végétaux… Vous noterez que je n’assommerai pas les élèves avec ce qu’ils doivent généralement subir dans les « formations » qu’on leur inflige : normalisation, règlementation, indicateurs de gestion… Non pas que ces points ne soient pas importants mais simplement qu’ils doivent venir après, car ils donnent autant envie d’approfondir et de s’investir que la deuxième saison de True Détective. Un jour, quand j’aurai le temps…

Kleenex business

Hormis dans les Produits Frais Traditionnels, les innovations produits sortent des gammes aussi vite qu’elles y sont rentrées. Quand ça ne gagne plus, on arrête ! Ce mouvement perpétuel fait par exemple partie intégrante de la croissance des desserts lactés, des boissons, des biscuits… Et, pendant ce temps, rien ou presque en FL à part les sursauts d’une quatrième gamme qui peinent toujours à trouver l’espèce de ‘rouge gustative’ pouvant remplacer la chioggia spéciale benji ou le nouveau parfum de Danao pour épauler pêche/abricot… Peut-on décemment se passer autant d’innovation sur un marché alimentaire ?