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« Chez ces œufs-là, on ne pense pas, Monsieur, on ne pense pas, on vend. »

Dans une précédente entrée, j’avais pointé du doigt le mélange de fatuité et de langue de bois caractérisant les mentions sur les blisters de jambon en tranche. Eh bien, je n’avais pas encore fait attention aux œufs ! Lors de votre prochain passage en magasin, amusez-vous à lire les mentions sur les boîtes et vous verrez qu’on était loin d’avoir touché le fond avec le jambon. Quelques exemples de mentions relevées à la volée sur les étagères…

1 – Les inutiles
Ce sont les mentions généralement apposées sur les premiers prix/entrées de gamme, tentant de façon malhabile de masquer qu’on n’a pas grande histoire à raconter à part le prix. Elles sont d’autant plus inutiles que l’acheteur de prix sait pourquoi il choisit de ne pas dépenser plus et n’est pas souvent un fanatique de littérature.

Quelques exemples :
– « œufs frais » : nous voilà rassurés ! À quand la commercialisation d’oeufs pourris pour le bizutage ou les manifestations ?
– « ramassés à la main » : quelqu’un peut-il expliquer au consommateur comment sont ramassés ceux qui ne le sont pas à la main ? Les images les plus folles nous arrivent, de poules contraintes de poser coquille directement au dessus de la boîte ou d’œufs intelligents allant tous seuls docilement se loger…
– « poules élevées au sol » : c’est sûr, en l’air, c’est plus compliqué pour ramasser les œufs, surtout à la main.
– « bien jaunes » : ahah… des fois que les œufs, sous l’influence contestataire du lapin de Pâques, décident d’être d’une autre couleur. Avec Label Rouge et l’opération Bleu, Blanc, Cœur, on nous promet un vrai feu d’artifice !
– « pondus en France » : et dans le cas d’élevages en plein air en Alsace, région magnifique mais où l’histoire nous a appris que les frontières étaient pour le moins fluctuantes. Que se passe-t-il si une poule contestataire décide, comble de la déviance, de marcher au pas de l’oie et de pondre du mauvais côté du Rhin ? Allons-nous avoir des œufs pointus à la coquille feldgrau ?
– « datés du jour de ponte » : c’est sûr qu’il serait plus compliqué de les dater du jour où la poule a commencé à se dire qu’il serait temps de répondre à l’appel de la clayette ou bien de celui où le consommateur va les déguster !
– « 6 œufs de poule » : oui, même avec les avancées sur les transgenres, les coqs sont encore un peu fainéants et noient leur chagrin dans le vin pour tenter d’oublier qu’ils ne peuvent toujours pas pondre…
Dans la série des mentions inutiles, on aurait pu aussi l’œuf Titanic « garanti sans trou dans la coque », « contient du blanc et du jaune », « cassez la coquille avant de consommer »…

2 – Les confusantes
– « à conserver au réfrigérateur après achat » : alors, pourquoi les boîtes d’œufs sont-elles présentées en linéaire ambiant dans le point de vente ?
– « 6 œufs fermiers » : ça veut dire ?
– « poules élevées en liberté » : c’est un peu le concept de « tu as la permission de minuit et on va avec toi dans la discothèque » des parents qui craignent pour le petit capital de la fifille. Les poules sont enfermées mais… en liberté.

3 – Les spéciales hipster
– « l’œuf de nos villages » : même s’il y a pourtant peu de chances qu’ils proviennent des toits de Paris, la mention est ici associée avec le concept un peu teinté laveurs de pare-brise roumains des « exploitations familiales » et la photo d’un bon visage de paysan rubicond (oh tu m’ennuie avec ta crème solaire !) sur une chemise à carreaux (ben oui je vais monter à Bruxelles comme ça !). Sur la tranche, l’imparable « privilégions l’emploi local » qui fait frémir tout barbu sans chaussettes qui se respecte.
– « producteurs engagés » : pas d’approche helvétique de la production d’œufs, Monsieur. Non seulement ils nous sont fournis par des paysans, mais en plus par des paysans engagés ! Engagés contre quoi, l’étiquette ne le dit pas, mais tant qu’ils cassent de la Grande Distribution…
– « petites fermes depuis 1983 » : je ne sais pas encore si la ferme est assez proche pour que puisse m’y rendre sur mon vélo Brompton, mais c’est un bon début.

4 – Les intelligentes
Dans le lot, quand même, des mentions bien pensées.
– « nos poules sont élevées en plein air » : reste à définir la notion de « plein air », pas forcément la même pour un Parisien content de pouvoir prendre sa voiture les jours sans pic de pollution et un Corrézien. À noter que, pour certaines poules préférant, pour la demi-heure de promenade du dimanche après-midi, le cours Mirabeau à la Canebière (comme je les comprends !), elles auront accès à un « parcours arboré ». L’histoire ne nous dit pas si elles pondent avec le petit ergot en l’air et plutôt avant ou après la messe…
– « coque 3, mollet 5, dur 10 minutes dans l’eau bouillante » : ben oui, il y a de plus de plus de divorcés et on a pas envie de s’encombrer la tête à retenir trop de choses. Ceci étant, la durée de vie moyenne de la population augmentant, il est peut-être temps d’introduire la notion de « demi-dur » ou « moitié mou ».
– « alimentation des poules pondeuses composée à 65 % minimum de céréales » : alors maintenant, on sait que ces poules-là ont un point commun avec les mannequins anorexiques encensés par Karl cheveux d’argent. Mais il y a encore mieux : nous avons en plus des poules patriotes « nourries aux céréales LOCALES » avec le petit drapeau Bleu-Blanc-Rouge et tout et tout…

Au-delà de la plaisanterie, ce florilège de mentions en tous genres dévoile tout de même des approches foncièrement différentes de l’information consommateur.
Lustucru, lui, a tout compris : Bio en grand avec le logo caution de certification, des messages pertinents « naturellement riche en Oméga 3 », « Issu d’animaux nourris sans OGM », « boîte à base d’herbe 100 % home compost ». Respect.

Un Lannister paye toujours ses dettes. Les autres…

Même s’ils ne sont pas tous blancs aux yeux bleus, les marcheurs de notre Président ont en commun avec ceux de GOT leur lenteur pour faire les choses, une capacité évidente à tirer parti de la division fratricide des grandes familles historiques s’épuisant au pouvoir depuis trop longtemps (en soufflant au passage la politesse aux besogneux du FN qui pensaient enfin pouvoir vendanger les moissons du concept d’UMPS effectivement dépassé, planté par le Menhir il y a bien longtemps), leur obéissance béate à un chef momifié (eh Manu rentre chez toi, y’a du rimmel plein ta bière, Le Touquet va fermer, puis tu gonfles la crêpière. Allez Manu, combien de frais de maquillage ? Allez, avoue qu’une bonne partie était pour Bibi… !) et… une indéniable certitude du fait qu’ils nous conduisent vers la fin du monde.

Le Graal

©Photo Xdr

On croit souvent enfin le tenir mais, comme l’espadon du vieux pêcheur d’Ernie, la MILF esseulée de fin de bodega ou les finales pour Clermont (exception cette année et un immense RESPECT pour les grognards de Roro), il finit toujours par nous échapper. On s’en approche parfois avec certaines répliques peroxydées des cagoles au cht’is, avec une « blague » d’Hanouna au grand niais de Kent qui lui sert de souffre-douleur (normal de vouloir rabaisser un beau gosse quand on est petit, gros, avec une tête de chameau cocaïnomane et les yeux de Bart Simpson qui a vu un donut), avec les logorrhées agressivo-incohérentes d’un alcoolo qui n’a pas encore ingurgité sa dose quotidienne de mauvais vin, avec certains commentaires beauf fascisant du 13H de JPP, mais toujours il nous échappe.
Et puis là, tout à coup, alors qu’on n’y croyait plus, il est là, devant moi. Et là, c’est jackpot, extra balle et partie gratuite, la noire en 3 bandes, gamelle et sans commerce en plus (pour les minots qui sont nés avec le mobile greffé, je parle du bon temps ou on socialisait — avec des mots — dans les cafés avec flipper, billard et baby foot, plutôt que d’envoyer des WhatsApp a son voisin de table).

Place de la Rotonde à Aix dimanche matin.

Regroupés en cercle près de leurs breaks bavarois garés en triple file (je travaille moi Monsieur !), ils sont une petite dizaine de chauffeurs de taxi. C’est incroyable comme ils peuvent tous se ressembler. Bien loin du style de Monsieur Uber. Que des Patrick Bosso avec quelque 5 centimètres de bide en plus par tranche de 3 ans d’âge supplémentaire. Chauves, avec l’inévitable compensation barbue, les lunettes noires sur le dessus du crâne luisant, en baskets, portable et cigarette à la main gauche, gourmette et porte-clés à la main droite. Le couplet tous des pourris/qui c’est qui me la paye la licence du tacot ?, les résultats de l’OEMEU et de TOULONG, avec la reluque salace aux Perette légères et court vêtues qui remonte le Cours, en se grattant la gauche du bout de la clé et en gloussant. Pas méchants, mais alors plus lourds qu’un riff de Toni Iommi. Qu’elle se rassure, même après son débat cataclysmique et les errements sur les dossiers importants, Marine a encore de l’avenir et un réservoir de voies aussi profond que celui du coffre de leurs berlines… Je te dis pas que c’est pas injuste, je te dis que ça soulage !

Baisser la tension de relation, augmenter la tension de tâche

© Photo Xdr

Je me souviens d’avoir beaucoup travaillé cette thématique en formation quand j’étais jeune Compte Clé chez Mars/ Unisabi. Au-delà du jargon de consultant, cela voulait simplement dire ne pas perdre de temps entre le vendeur et l’acheteur à chercher à savoir qui a la plus grande et construire du business ensemble. Eh bien voilà un domaine où, à mon sens, notre Filière a beaucoup progressé. Finis les rendez-vous avec plusieurs heures à attendre, les sièges sans dossier et rabaissés, les commissions d’achats façon Sainte Inquisition, les humiliations, l’absence de réelle écoute,… La grande majorité des acheteurs, enfin les bons en tous cas, a compris que le fournisseur est un allié face au vrai ennemi, le concurrent. On ne parle plus achats tournants mais relations contractuelles sur le moyen/long terme, le prix n’est plus le seul critère, on parle partenariat… Quand c’est bien, il faut aussi savoir le dire.

 

Vegio Patria Nostra

Je me demande si de s’imposer tout un tas de restrictions/privations au niveau alimentaire et mode de vie n’est pas, finalement, en raison de la frustration et du stress induits, plus néfaste que bénéfique. Le fraîchement converti à un des régimes « sans quelque chose » à la mode a beau jurer ses grands dieux que « ça » ne lui manque pas, il est aussi crédible que la vieille fille qui vit sans homme et achète les piles AA LR6 par blister de 24, ou le fumeur qui tord rageusement des trombones avec un sourire crispé, car le 5eme jour, c’est dur. Alors oui, si votre balance a affiché « une personne à la fois SVP » la dernière fois que vous êtes monté dessus, oui, si vous affichez le taux de quadriglycerides (c’est nouveau, ça vient de sortir, c’est après les tri !) niveau radiations près des fissures du premier sarcophage de Tchernobyl, non, si vous n’avez pas supprimé le sel, le sucre, le gras, le transformé, les carbohydrates, le gluten,… vous jouez un peu avec le feu, mais, finalement, tout ça c’est un peu comme l’adulte qui a des incontinences et va voir un psy pour ça. Au bout de quelques semaines, il a toujours les mêmes incontinences, mais grâce à l’aide onéreuse de son psy, maintenant, il s’en fout !
Ceci étant dit, la tendance vegan, même si elle ne concerne aujourd’hui que quelques Illuminati ayant sûrement un goût pour le cilice, est a priori tout bénéfice pour notre Filière pour peu que nous sachions en tirer partie. Je me demande quand même ce que les hipsters vont bien pouvoir inventer, pardon recycler, ensuite. Que diriez-vous de croiser plusieurs concepts : le vegan bio français local (il y a 50 ans, ça s’appelait le potager de papa), le vegan équitable duty free (il y a 50 ans, ça s’appelait ne pas faire crever nos paysans sous les taxes et la paperasse), le vegan marcheur (juste tendance pour se recaser…)… Viva Las Vegan !

 

Born to lose, live to win

Tour de France, étape du Ventoux © Photo Xdr

Nous devons tous être un peu masochistes pour autant aimer le monde des FL. Pourquoi ? Financièrement, il est très difficile d’y gagner un peu d’argent, mais extrêmement aisé d’en perdre rapidement beaucoup. Aimons-nous tant saisir les figues de Barbarie non épépinées à mains nues ? Courir tout nus dans les orties plutôt que d’en faire de la soupe ? Non. Alors, comment expliquer que nous nous accrochions sur ce dur métier des périssables où, pour des raisons plus ou moins intelligentes (plutôt moins que plus d’ailleurs…), tous les intervenants passent leur temps à tirer les prix vers le bas plutôt que de créer/maintenir le peu de valeur qui lui reste ? C’est un peu comme le Tour de France : c’est très dur, parfois beau, souvent injuste, toujours passionnant. Et on veut toujours donner le coup de pédale en plus…

 

Catégorie dans la brume

Mangez des fruits et légumes, ok ? ©Photo Canal + /Braquo

Vous savez pourquoi le genre du thriller est de plus en plus associé à des auteurs étrangers ? Pourquoi on suit maintenant les traces ensanglantées laissées par l’inévitable tueur en série de Carisi dans les vieilles rues pavées de Rome ? Pourquoi on se laisse entraîner sur les landes giflées par le vent polaire de Lackberg ? Pourquoi Montanari a connu le succès, certes de façon éphémère mais aiguë ? Simplement parce que le genre, souvent cantonné aux mêmes pays/capitales, englué de fait dans les mêmes univers, s’épuisait. Alors, les maisons d’édition, voyant les ventes diminuer, ont été sourcer ailleurs de quoi se renouveler, même s’il ne s’agissait quelquefois que d’une simple traduction. Le simple fait de camper des personnages dont le nom ressemble à une quinte de trachéite, de les habiller d’une doudoune plutôt que d’un imper (ancienne école) ou d’un bomber (nouvelle école), suffit à insuffler le petit côté inédit et à changer d’ambiance pour y camper le pomelodrame. Même les quelques très bons Français que nous avons s’y sont mis. J’en veux pour preuve l’excellente trilogie Maori de Ferey ou le Captain Morgan coule autant à flot que le sang des membres tranchés au coupe-coupe pour alimenter le barbecue, le goût manifeste de Thilliez pour les paysages désagrégés des anciennes républiques soviétiques… Idem dans les séries, Caplan passe d’une saison à l’autre de Braquo de la mafia russe à la turque (finalement, il suffit de changer les nombreux « stuka » en « pislikier »), Gomorra cartonne et El Marginal arrive. Bref, on sait très bien se renouveler et les lecteurs/téléspectateurs restent accrochés.

Et, pendant ce temps, les plans promos FL sont les mêmes depuis la Huitième Croisade. Il faut repasser sur le chiffre, même s’il était déjà en retrait, alors prise de risque minimale du CatMan qui propose le énième remake des tracts en mauvais papier, les radios diffusent les éternelles niaiseries (avec les 2 blondes qui n’en reviennent toujours pas que la tomate grappe soit fracassée à 0,99 ou la cerise à 3,50, avec l’inévitable humour à 2 balles « lâche-moi la grappe ! » ou « on va se refaire la cerise ! »). Je n’ai jamais compris qu’un étal avec une telle quantité d’espèces, de variétés, d’origines, de terroirs, de formes, de couleurs, d’odeurs et de saveurs engendre toujours les mêmes prises de parole. C’est bien joli de s’extasier devant le local, mais le consommateur de FL aussi veut voyager. Inspirons-nous donc un peu de ce qui nous entoure. Un peu d’audace…

Je n’aime pas les FL mais ça j’aime bien !

Certains leaders de la 4eme gamme ont déjà intelligemment pris pied sur le segment de l’apéritif convivial sain avec des plateaux apéritifs légumes à diper, des tartinables… D’autres comprennent qu’il vaut mieux offrir et marketer dans ce sens une cœur de pigeon que des mauvaises pistaches iraniennes gonflées d’afflatoxines ou des arachides chinoises.

Mais, à part pour l’apéritif et avec quelques espèces s’y prêtant naturellement (ex. de la tomate), que fait-on pour redonner envie à nos “jeuns“ de manger autre chose que de la junk food ?
Que fait-on pour favoriser la consommation nomade des fruits ?

Qu’importe le flocon pourvu qu’on ai le tire-fesses !

Vous avez noté bien sûr comment certaines enseignes spécialisées dans les supérettes de proximité en montagne refont de la pub juste avant le démarrage de la saison de sport d’hiver. En fait, je me demande pourquoi les skieurs qui ne veulent pas reprendre la voiture pour descendre au supermarché traditionnel un peu plus bas dans la vallée, sont manifestement captifs. Peu importe la gamme minimaliste et les prix élyséens, on ne va pas déneiger la voiture, qui en plus tient mal sur la route car c’est une propulsion, pour aller acheter les trois produits et demi qu’il nous manque, si ? En fait c’est la captivité du client qui m’intéresse, celle-la même qui touche le touriste à Disneyland Paris qui a eu le malheur d’oublier son pique-nique ou le voyageur TGV qui recompte fébrilement sa monnaie en s’approchant en tanguant du wagon Restaurant pour savoir si, avec 14€, il aura assez pour le café et le donut dont il rêve. Ces deux autres monopoles ne font pas de pub eux…

Red bulle

En fait, la vie n’est qu’une histoire de bulles.
Les femmes en veulent des grosses en haut devant et des petites en bas derrière pour attirer les hommes. 2 ou 3 fois dans leur vie -la moyenne baisse-, elles sont génétiquement programmées pour en sentir une grossir. Elles la feront ensuite grandir une vingtaine d’années avant de la voir à son tour s’envoler avec une autre plus petite.
Les hommes, eux, pensent invariablement qu’ils en ont des plus grosses que le voisin. Ils regardent crever les bulles de leurs rêves (que le Grand Jacques avait raison…) au fur et à mesure que les années passent.
Enfin, les enfants ont quelques années innocentes à en faire avant d’atteindre l’âge adulte. Le travail n’étant plus trop à la mode, ils vont pour la plupart essayer ensuite au maximum de la coincer.
Tous attentent la bulle ultime, maligne, qui les emportera voyager trop près du tropique du Cancer.